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Actes Sud

  • Empire dérisoire que se sont constitué ceux qui l'ont toujours habité comme ceux qui sont revenus y vivre, un petit village corse se voit ébranlé par les prémices de sa chute à travers quelques personnages qui, au prix de l'aveuglement ou de la corruption de leur âme, ont, dans l'oubli de leur finitude, tout sacrifié à la tyrannique tentation du réel sous toutes ses formes, et qui, assujettis aux appétits de leurs corps ou à leurs rêves indigents de bonheur ou d'héroïsme, souffrent - ou meurent - de vouloir croire qu'il n'est qu'un seul monde possible.

  • Sa femme a été assassinée et violée. Wahhch se lance sur les traces du meurtrier, un Indien mohawk qui profane les plaies ouvertes dans le ventre de ses victimes. De cette poursuite du monstre, les animaux sauvages ou domestiques sont les témoins, se relayant pour prendre en charge la narration. Une fascinante geste initiatique polyphonique et animiste.

  • En 1789 débarque à Paris le violoniste prodige George Bridgetower, neuf ans, accompagné de son père qui le rêve en Mozart. Fils d'un Nègre de la Barbade et d'une Polonaise, élève de Haydn, le garçon démarre une carrière qui se poursuivra bientôt en Angleterre et l'amènera à devenir ami avec Beethoven qui lui écrira une de ses plus belles sonates. Un roman avec pour toile de fond la condition des Noirs qui mêle aux bouleversements politiques et sociaux suscités par les idées des Lumières ceux du monde de la musique et des sciences.

  • Par une nuit décisive, un voyageur lourd de secrets prend le train de milan pour rome, muni d'un précieux viatique qu'il doit vendre le lendemain à un représentant du vatican pour ensuite - si tout va bien - changer de vie.
    Quinze années d'activité comme agent de renseignements dans sa zone (d'abord l'algérie puis, progressivement, tout le proche-orient) ont livré à francis servain mirkovic les noms et la mémoire de tous les acteurs de l'ombre (agitateurs et terroristes, marchands d'armes et trafiquants, commanditaires ou intermédiaires, cerveaux et exécutants, criminels de guerre en fuite. ). mais lui-même a accompli sa part de carnage lorsque la guerre en croatie et en bosnie l'a jeté dans le cycle enivrant de la violence.
    Trajet, réminiscences, aiguillages, aller-retour dans les arcanes de la colère des dieux. zeus, athéna aux yeux pers et arès le furieux guident les souvenirs du passager de la nuit. le train démarre et, avec lui, commence une immense phrase itérative, circulatoire et archéologique, qui explore l'espace-temps pour exhumer les tesselles de toutes les guerres méditerranéennes. car peu à peu prend forme une fresque homérique oú se mêlent bourreaux et victimes, héros et anonymes, peuples déportés ou génocidés, mercenaires et témoins, peintres et littérateurs, évangélistes et martyrs.
    Et aussi les parques de sa vie intérieure : intissar l'imaginaire, la paisible marianne, la trop perspicace stéphanie, la silencieuse sashka. s'il fallait d'une image représenter la violence de tout un siècle, sans doute faudrait-il choisir un convoi, un transport d'armes, de troupes, d'hommes acheminés vers une oeuvre de mort. cinquante ans après la modification de michel butor, le nouveau roman de mathias enard compose un palimpseste ferroviaire en vingt-quatre "chants" conduits d'un seul souffle et magistralement orchestrés, comme une iliade de notre temps.

  • Alexandre le Grand va mourir. Qui lui succédera à la tête du royaume ? Qui perpétuera l'insatiable esprit de conquête qui l'a animé ? Qui saura apaiser son âme ? Pour incarner cette figure héroïque, Laurent Gaudé renoue avec le souffle épique qui a fait le succès de La Mort du roi Tsongor (Prix des libraires, prix Goncourt des lycéens).

  • Entre le "Kannjawou", un bar où nantis et représentants des forces d'occupation d'Haïti vont faire la fête et la rue de l'Enterrement où, à l'orée de l'âge adulte, quelques jeunes gens déshérités se cherchent un destin, Lyonel Trouillot brosse le portrait d'une humanité en proie à ses illusions ou à ses renoncements face à la confiscation séculaire, en Haïti, du devenir d'une population et de sa culture que ne cesse de nier, sans coup férir, le pragmatisme des stratégies internationales.

  • Parcours de lutte et de rébellion, voyage au centre de l'héritage familial, aventure politique intime et histoire d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières emboite les pas d'abord incertains d'un fils d'ouvrier en délicatesse avec lui-même. Entre la France qu'on dit profonde et la misère ensoleillée et relative du Brésil, sur les traces d'un pionnier oublié de la sidérurgie du XIXe siècle, Jeanne Benameur signe le roman d'une mise au monde.

  • En 1855, aux Antilles danoises dont son époux est le gouverneur, Regine Olsen apprend la disparition de Søren Kierkegaard qui l'aima avec ferveur et rompit leurs fiançailles. Séparée de ces événements par un océan et quinze années, bien que mariée et heureuse, elle ne cesse de s'interroger : de quelle difficulté à vivre Kierkegaard souffrait-il, pourquoi une étrange malédiction semble-t-elle peser sur sa famille ? Au fil des ans, des décennies, de retour à Copenhague, Regine poursuit sa quête dans ses lectures, ses souvenirs, ses échanges avec un neveu et une nièce du disparu, cependant que grandit la renommée de ce dernier.
    Nourri notamment des journaux et de la correspondance de Kierkegaard, ce roman à plusieurs voix explore les dimensions tout à la fois poétiques et tragiques d'un penseur qui ne se voulait pas philosophe et chérissait les arbres, les chevaux, les oiseaux et Mozart. Un personnage énigmatique qui tour à tour se révèle et se dérobe à travers ce tissage entre l'existence et l'oeuvre.

  • Rastignac d'après le désenchantement, Aurélien ne croit en rien mais veut tout. La gloire, le scandale, la liberté, tout casser et tout réinventer, connaître l'ivresse du plaisir et toucher du doigt la beauté comme on vole un baiser. Et ce tout ineffable et concret, c'est Paris qui le détient, c'est Paris qui le lui donnera. Entre intrigues et orgies, quête du pouvoir et tentations mystiques, sur fond de combats militants ou intimes, Les Parisiens organise la collision du grandiose et du dérisoire en suivant la trajectoire aussi tragique que burlesque parfois, de quelques étoiles filantes dans le ciel parisien.

  • Des lendemains de l'incendie de Louvain aux années de la montée du nazisme, Henry Bauchau raconte une enfance et une adolescence qui pourraient être siennes, marquées par le sentiment de l'étrange défaite, prélude à la disparition d'un mode de vie qui, aujourd'hui, semble inconcevablement éloigné.

  • Il y a bien longtemps que, toutes les nuits, Antoine, la quarantaine, se défait de son costume d'époux et de père de famille modèles pour succomber, dans le bar dont il est propriétaire en Corse, à la tentation de l'alcool et, bien souvent, du sexe - au plus loin de l'amour.
    Prononcée par sa femme, "l'immaculée" Lucille, au beau milieu d'une étreinte conjugale à laquelle il l'a forcée, une phrase énigmatique va, un matin, faire exploser tout l'hypocrite dispositif sur lequel repose son existence, et le contraindre à un impossible examen de conscience. Dans son désarroi, Antoine se tourne alors vers Paul, son frère cadet, qui vit, clochardisé, dans la maison de village familiale où il s'est retiré après avoir naufragé lors d'une expérience parisienne calamiteuse...
    Frères de sang et désormais frères en désastre, tous deux s'interrogent, chacun à sa façon, sur la nature du destin qui leur a été fait - peut-être par la "maladie insulaire" qui enfièvre les puissances de la mémoire, substituant le délire de ses images à la prise en compte des catastrophes bien réelles qui, au présent, menacent...
    Sur les murs que la filiation érige entre les êtres, sur la toxicité des obsessions qui s'entretiennent sous le dangereux gouvernement de l'esprit d'un lieu - l'île aux sombres secrets enfouis dans la splendeur des paysages -, sur la rémanence du sacré et les tentations du mysticisme, sur l'impossible choix entre sexualité païenne et vénération amoureuse, sur les noces, enfin, à jamais contrariées, entre l'esprit de l'homme et le monde qu'il habite, Jérôme Ferrari propose, avec ce roman ardent et rebelle, une variation somptueuse.

  • Chef d'orchestre de renommée mondiale, Alexis Kandilis est au sommet de la gloire quand commence à souffler un vent contraire. De la bourgeoisie genevoise à la jet set des mécènes, de l'arrogance à la folie, de la vanité à la dépossession, il lui faudra vivre un parcours tourmenté, contre les forces du destin, vers le coeur véritable de la musique.

  • A bientôt cinquante ans, celui qui raconte l'histoire est cet ex-jeune homme féru de littérature, dont les trois autres, parce qu'il commettait alors en secret des poèmes d'amour destinés à séduire d'inaccessibles jeunes filles, aimaient à se moquer un peu en l'appelant "l'Ecrivain". Les trois autres ? Les "Aînés", à savoir : "l'Historien", "l'Etranger" et Raoul. A une époque désormais lointaine, ces quatre-là avaient en effet, pendant quelque temps, bricolé leur aléatoire petite communauté de solitudes, jouant, presque chaque jour, à longueur de soirées, dehors, sous l'arbre d'une cour de Port-au-Prince, une interminable partie où circulaient, en lieu et place de cartes à jouer, leurs récits à chacun. Et leurs mensonges. Aujourd'hui, l'aspirant-poète, devenu entre temps un écrivain reconnu, participe à un colloque littéraire. Dans l'assistance, il vient d'apercevoir une jeune femme vers laquelle il se sent soudainement porté comme s'il avait, toutes affaires cessantes, à lui raconter une histoire. Son histoire. Mais, pour ce grand timide, pour cet homme de l'écrit, pour cet homme qui sent que la jeunesse est en train de déserter son corps, toute parole est périlleuse car trop nue, exhibitionniste presque et, c'est pourquoi il se résout à adresser une lettre à la jeune femme. Pour l'écrire, il dispose du temps que dure le colloque. C'est de l'amour - et d'amour ? - qu'il aimerait parler à l'élue anonyme, sans doute, se dit-il, pour lever un tabou très ancien et dont il souffre à présent. Mais comment faire quand on se considère comme un analphabète en la matière ? Est-il imaginable de vouloir faire ses premiers pas, à cinquante ans, sur les territoires du discours amoureux - genre honni et qu'on a donc fui depuis toujours ? Craignant que sa "déclaration" ne ressemble à quelque testament qui ne lèguerait rien, l'écrivain, ironiquement soudain en manque de langage, substitue alors au lexique et à la syntaxe amoureuse qui font si cruellement défaut, le récit de l'expérience, cruciale, qu'il vécut, à vingt ans, dans le commerce des "Aînés", ces trois hommes, seuls, comme lui - mais, à sa différence, alors déjà en fin de parcours. Ces trois réfugiés de la vie, ces trois " clandestins " en quelque sorte, échoués là, dans la modeste pension de famille où l'étudiant sans ressources avait lui aussi élu domicile, ces hommes qui, au moins, savaient l'art de raconter leurs histoires et même leurs histoires d'amour, plus réelles d'être parfois peut-être admirablement fictives ! Sous l'arbre, leurs récits prenaient l'allure d'épopées et d'affabulations merveilleuses chez l'Etranger, le vieux voyageur toujours farouche et revenu de tous les tours du monde ; de diatribes courroucées, polémiques, douloureuses chez l'Historien, grand bourgeois mis au ban de son milieu d'origine pour avoir abandonné son statut prestigieux et ses recherches afin de consacrer à l'alcool le reste de son existence ; de fables à double-fond et autres énigmes chez Raoul, le retraité de la fonction publique qui aimait bien les cimetières. Trois Socrate fracassés et improbables, trois aèdes, trois vivants, trois perdants magnifiques, trois amants, trois menteurs, que le jeune homme, médusé, a écoutés des soirées entières, dans un silence respectueux, une inquiétude fascinée, engrangeant les enseignements contraires que prodiguent l'éphémère et la mémoire, découvrant, avec effarement, la fiction dans la mémoire et la mémoire dans la fiction. Et que l'amour est parfois plus fort hors du langage.
    Avec ce livre et après Bicentenaire (très remarqué pour la manière dont il mettait en scène les événements sanglants qui bouleversèrent Haïti à la fin de 2003), Lyonel Trouillot, abandonnant pour l'heure la veine "engagée" de son écriture, propose, sur un mode lyrique et personnel, une superbe méditation sur l'imaginaire, l'amour et la mémoire. Et c'est en écrivain au sommet de son art qu'il dévoile ici la nature intime du rapport, singulier et bouleversant, qu'il entretient avec la fiction.

  • Née française de parents vietnamiens, élevée et protégée comme une fille unique, Lam est devenue une adolescente effacée et studieuse, aimant s'évader par la lecture. A l'occasion d'un séjour linguistique, elle se lie avec Nam, jeune Vietnamien récemment arrivé en France. Il est beau, indépendant, aussi assuré qu'elle se sent insignifiante. Et il vient de ce pays qu'elle ne connaît qu'allusivement, par quelques contes qu'elle tient de sa grand-mère et partage avec lui - telle l'histoire du vain amour qu'un modeste pêcheur vouait à la princesse - ou par quelques noms de parents morts dont la famille honore la mémoire sur l'autel des ancêtres. Entre Lam et Nam, ce devrait être une liaison amoureuse. Mais il l'aime et la respecte comme sa petite soeur. Cette année-là, elle fait son premier voyage en famille au Vietnam - au cours duquel affleure enfin le non-dit : la guerre civile, l'emprise totalitaire, les crimes, les souffrances des uns et des autres, le fossé entre ceux qui sont restés sur place (rebelles ou dociles) et ceux qui ont choisi la fuite. Comme ses parents ou sa grand-mère. Et bien plus récemment, se dit-elle, comme Nam, qui a fui en bateau avec son grand frère - laissant ses proches à la merci des persécutions. A mesure même qu'elle devine ou entrevoit ce que le jeune homme a pu vivre, et tandis qu'en elle grandit l'attente d'être aimée, par ses silences, ses ellipses et ses disparitions, il la laisse en lisière de ses secrets, dans la poignante mélancolie de ce qui ne peut entre eux advenir. Un dernier tête-à-tête scellera l'impossibilité amoureuse. Comme un fil rouge, entre les chapitres de ce roman, l'auteur a glissé un conte imaginé par Nam et sa petite soeur dans l'enfance. Un conte qui, lui aussi, convoque l'attirance et l'interdit de l'inceste, tout en conférant au roman sa singulière vietnamité. Car c'est par la manière (limpide, retenue, aussi apaisée qu'un lac après l'orage) autant que par les personnages que Minh Tran Huy impose l'identité franco-vietnamienne de ce roman, alors même que la transversalité propre aux contes et légendes renvoie le lecteur à des schèmes beaucoup plus universels : les déchirures de l'adolescence, les désastres de l'Histoire - la douleur de deux amis qui ne peuvent se trouver et en qui s'incarnent différemment, symétriquement, et de façon radicalement inconciliable, le deuil de l'enfance et du pays des origines.

  • En 2009, Céline Curiol se trouve confrontée à l'étrange sensation d'avoir perdu le goût de vivre, celui de penser, d'imaginer. De ne plus pouvoir réagir. Agir sur son propre corps, le maîtriser. Quelques années plus tard, elle tente de dire et de comprendre comment s'est insinuée en elle cette extrême fragilité physique et psychologique dont elle revisite les strates, désireuse de circonscrire les symptômes de cette maladie appelée dépression, en parler, la nommer ; tant la solitude et le déni qui à l'époque l'entouraient jusqu'à la submerger auraient pu la tuer.

  • Les frères Louganis se sont établis dans les années trente à Spetses, une île proche du Pirée. Ils sont devenus pêcheurs, ont construit une maison, pris femme, fondé leur famille. Des années plus tard, à bord de leur caïque, ils meurent dans l'explosion d'un pain de dynamite, laissant deux enfants : Pavlina et Aris. Cette mort n'est pas un accident mais un crime doublé d'un suicide : la veille, Spiros Louganis a découvert que sa femme Magda l'a un jour trompé avec son frère - et qu'il n'est pas le vrai père de Pavlina.
    Adolescente, Pavlina est amoureuse de son " cousin " qui a restauré le caïque familial pour promener les touristes à la belle saison. Elle l'aide dans ce travail, s'enivrant de la beauté solaire de l'île et de la séduction d'Aris. mais celui-ci aime les garçons. Cependant, un soir où son homosexualité a été publiquement insultée, il couche avec Pavlina. Puis se tue. La laissant enceinte.
    Sa mère, et le père Kosmas à qui elle s'est confessée, savent qu'Aris était le frère de Pavlina. Sans lui dire la vérité, ils la persuadent de donner son enfant à l'adoption, dès le jour de la naissance, pour lui assurer un nom, une éducation, un avenir dans une riche famille athénienne.

  • Un soir d'hiver, dans un RER qui traverse la capitale et file vers une lointaine banlieue au nord-ouest de Paris. Réunis dans une voiture, sept passagers sont plongés dans leurs rêveries, leurs souvenirs ou leurs préoccupations. Marie s'est jetée dans le train comme on fuit le chagrin ; Alain, qui vient de s'installer à Paris, va retrouver quelqu'un qui lui est cher ; Cigarette est revenue aider ses parents à la caisse du bar-PMU de son enfance ; Chérif rentre dans sa cité après sa journée de travail ; Laura se dirige comme tous les mardis vers une clinique ; Liad arrive d'Israël ; Frank rejoint son pavillon de banlieue.
    Attentive et bienveillante, Anne Collongues fait tourner la lanterne magique de l'existence et livre un texte subtil, aussi juste dans l'analyse psychologique de ses personnages qu'émouvant dans la représentation de leur beauté banale. Ce qui les sépare, c'est finalement ce qui les rapproche : cette humanité qui fait de chacun d'eux un petit monde accomplissant sa modeste révolution, traçant une destinée minuscule qui, au fil de ce trajet dans la nuit des cités-dortoirs, va connaître sa modification.

  • Afin d'éviter le déshonneur à sa famille, une jeune japonaise se travestit pour devenir kamikaze à la place de son frère, déserteur. C'est aux côtés de Kosaburo, son modèle et son amour d'enfance que Mitsuko se préparera à la mort.

  • 2001. De part et d'autre de l'Atlantique, les pensées de deux femmes convergent vers une troisième, depuis peu disparue, Adèle, d'origine polonaise, qui a traversé le XXe siècle en survivant à l'exil et à deux guerres mondiales. D'outre-tombe, la personnalité complexe et lumineuse de la défunte infléchit les destins de Suzan en Amérique et de Fleur, en France, en les dotant à leur insu d'un coeur unique qui fait battre leurs vies respectives au rythme d'un passé qui les transcende et les féconde. Sur trois générations et sur trois continents, et de la grande Histoire à l'histoire familiale, Carole Zalberg tisse, à travers le portrait de quelques femmes inoubliables, le roman d'une humanité aussi fragile que résiliente, qui entraîne le lecteur dans un voyage au pays du souvenir et à la découverte de l'autre comme nécessaire instrument de la connaissance de soi.
    "Tu es chez toi partout où tu peux tenir la main de l'un des tiens." Carole Zalberg, dans A défaut d'Amérique Dans un cimetière parisien, on enterre une vieille dame. De loin, une femme observe la scène : Suzan a débarqué de Floride le matin même. A présent qu'Adèle n'est plus, l'Américaine se demande si elle a eu raison de détester cette femme qui a séduit son père, Stanley, alors jeune soldat, pendant les folles journées de la Libération de Paris, en 1945. Pourquoi elle a été irritée, voire jalouse, de l'exorbitante aptitude au bonheur qu'ont manifestée ces platoniques tourtereaux octogénaires qu'elle a tardivement réunis à Palm Beach pour tenter de consoler son père de son veuvage. Peut-être parce que la vieillissante "Jewish American Princess" qu'est à présent Suzan n'a jamais été douée pour la vie, n'a jamais su aimer - seulement obéir ? Que, brillante avocate, elle a perdu foi en son métier, se shoote au jogging pour oublier ses frustrations, et que, divorcée, ayant fait le choix de ne pas avoir d'enfants, elle n'a rien à transmettre ? Adèle, au moins, c'était la vie, excessive, débordante. Une spectaculaire survivante - aux pogroms en Pologne, à l'exil en France, à deux guerres mondiales, à l'exode - même les camps l'avaient épargnée. Mais est-ce que cela donne tous les droits et surtout celui de la rendre elle, Suzan, encore plus malheureuse ?
    Près de la tombe, une femme se tient un peu à l'écart du groupe : Fleur a aimé son arrière-grand-mère, Adèle, au moins autant qu'elle a fini par détester Sabine, sa mère dépressive, et toutes les autres femmes de sa lignée. Elle s'est fabriqué une famille à elle, résolument "inédite", avec ses trois amours : son mari Julio venu d'Argentine et leurs deux fils. Adèle a toujours fasciné Fleur, avec son vouloir-vivre impérieux et presque tyrannique, son adaptabilité, depuis l'enfance, aux situations les plus tragiques, sa séduction dévorante (dont toutes les photos attestent) restée intacte, malgré les épreuves inhumaines de ces années passées à Paris - dans le quartier de Beaubourg où les réfugiés juifs avaient refondé leur communauté meurtrie et précaire -, avec sa capacité têtue, épuisante, à réaliser de petits miracles, à sauver des vies autour d'elle, à commencer par celle de l'amour de sa vie, son mari, Louis, auquel, jusqu'à la fin, elle est restée fidèle.
    Cette personnalité rayonnante - ou écrasante, c'est selon - qui n'a cessé d'éblouir son vieux père, l'Américaine n'en a eu, à Palm Beach, qu'un bref aperçu, et de surcroît dans sa "version senior". Si, comme Fleur (qui va bientôt s'y employer afin de prendre, à travers Adèle, la mesure de la seule hérédité qu'elle accepte de se reconnaître), elle se plongeait dans l'histoire individuelle d'Adèle et dans la grande Histoire que celle-ci a, plus que traversée, incarnée, elle en saurait davantage sur "la française", sa "rivale", et sur la communauté de souffrance et d'amour dont elle est issue et d'où elle a tiré sa force exceptionnelle. Elle saurait comment Etele est devenue Adèle. Mais, comprend-elle alors, elle a peut-être, elle aussi, "son" Adèle en la personne de Sophia, sa tante, la soeur de sa mère, mondialement célèbre pour avoir été la première femme blanche à militer contre l'Apartheid en Afrique du Sud où elle a fait le choix de s'installer, plus de cinquante ans auparavant. C'est donc par le truchement indirect de "la française" honnie que Suzan va, à la veille des attentats du 11 Septembre, rejoindre à Cape Town, cette autre vieille dame afin de renouer avec la vérité de son histoire de fille trop peu curieuse, et découvrir enfin en quoi sa propre mère, Lisa, a, forte de renoncements assumés, embrassé une autre forme d'héroïsme, plus modeste, auquel il convient sans doute de donner le nom d'amour.
    Par delà sa capacité à nouer ensemble, sur trois générations et sur trois continents, les fils de l'histoire individuelle et collective, le roman de Carole Zalberg se signale par sa capacité à détourner, subtilement, le "roman de la filiation" de sa mécanique obligée, à en proposer une lecture ouverte. En confrontant l'exil subi (Adèle) ou choisi (Sophia), à l'errance, "sans étiquette", d'une Américaine presque ordinaire (Suzan) ou au périlleux voyage dans l'interprétation du passé (Fleur), sans jamais instaurer, entre ses personnages, de suspecte hiérarchie, Carole Zalberg nourrit son roman d'une décision d'écriture qui en féconde admirablement l'ambition et la sensibilité. A nouveau crédités de l'humanité profonde qu'ils ont un jour eux aussi incarnée, les fantômes y gratifient l'existence de ceux qui prennent leur suite sur la scène du monde d'un legs d'amour et de souffrance, qui, sans consoler quiconque de vivre ou de mourir, façonne l'authentique présence que les vivants sont tenus de s'accorder à eux-mêmes, faisant de la découverte de l'autre la condition d'une authentique connaissance de soi.

  • À Kyoto, un homme marche dans la neige, à la recherche de pierres étranges, des kamo-ishi, qu'il cache, enfouies dans une couverture au fond de son camion, avant de regagner la ville.Cet homme est jardinier, il compose des jardins japonais, évolue entre modernité et culture ancestrale.Au dessus de chez lui vit un homme avec qui il partage, sans le savoir, deux attirances très singulières.

  • Dans un monde où la fiction n'existe plus, un homme est embauché par une entreprise tout à fait singulière, un organisme international appelé l'Institution.
    En ces lieux se déroulent à huis clos d'importantes réunions politiques au cours desquelles ce nouvel employé doit prendre en note chaque intervention sous une forme rigoureusement synthétisée. Discipliné à l'extrême, totalement soumis au pouvoir de sa hiérarchie, il travaille sans relâche à la maîtrise de sa propre pensée, de l'actualité géopolitique ou de tout autre domaine susceptible de valoriser sa fonction.
    Corrigés, contrôlés, ses résumés sont ensuite communiqués aux médias du monde entier. Jusqu'au jour où l'un de ses condisciples fait entrer dans son système de pensée une faille vertigineuse. Sous ses yeux effrayés, cet homme ouvre un roman et lui lit en secret quelques pages. D'emblée un autre langage s'impose, l'imaginaire se déploie, le désir renaît... Après le succès international de son premier roman, intitulé Voix sans issue, Céline Curiol nous entraîne dans un tout autre univers.
    Virtuose de l'exploration psychologique, elle aborde dans ce livre les rives envoûtantes d'un monde au futur incertain.

  • Sur les hauteurs d'Hollywood, alors que le cinéma balbutie ses premiers mots, dans une improbable Villa refuge aussi vide que tentaculaire, s'est réfugié un mythe qui tente en vain de s'approprier sa propre existence. A ses côtés le narrateur, qui partagea pendant dix ans, à cette époque à la fois festive et déchirante, la vie réelle de la célébrissime Greta G.
    Linguiste viennois aux ambitions amputées par la Première Guerre mondiale, devenu photographe professionnel par inadvertance esthétique et spécialiste en clichés de fesses (très littéralement) par hasard philosophique, cet homme blessé, compagnon de solitude idéal, raconte et tente de saisir, à coups de flashes d'une mémoire élusive, la vérité de celle qui fut "la Divine".
    Une traversée du miroir à double fond, car pour ces Européens en exil volontaire qui découvrent Hollywood - et qui bientôt le "feront" - il ne s'agit pas tant de désenchantement que d'un enchantement qui ne "prendra" jamais tout à fait. Comme retenus par leur propre lucidité, ces destins pourtant exemplaires, vrais ou inventés - outre Garbo, on croise ici, entre autres, Josef von Sternberg, le pygmalion de Marlène Dietrich, mais aussi la figure irrésistible du trop beau Stepan, nihiliste tchèque magnifique -, luttent au corps à corps mais la tête (faussement) ailleurs avec la vanité des choses, pendant que chez eux, sur ce vieux continent à peine sorti de ses tranchées et qu'ils n'oublient jamais complètement, gronde déjà la menace de l'engloutissement définitif du siècle.
    Avec une élégance séduisante à la Scott Fitzgerald, un savoureux sens du dialogue et de la situation, Maurice Audebert signe un beau texte désespéré et souriant sur le vertige des âmes penchées au-dessus de leurs propres gouffres.

  • D'un côté Van Gogh, incarné par un certain autoportrait, donne son regard sur la façon dont il est regardé, longtemps après sa mort. De l'autre, «le plus grand peintre contemporain», exilé dans une ville, une langue et un pays qu'il déteste mais qu'il ne peut se résoudre à quitter.
    Entre élan et défiance, La vie aveugle approche l'art vécu des artistes, et le destin des oeuvres dans des sociétés en crise.

  • Jusqu'à présent, Chanard a mené la vie d'un ingénieur financier sans défauts, celle d'un employé compétent dans sa branche, porté par des valeurs de performance, d'excellence et d'innovation. Aussi, concevoir le schéma financier permettant de miser des capitaux sur les catastrophes naturelles ne lui semble pas extravagant. Devoir attendre qu'un sinistre survienne pour démontrer la pertinence du schéma n'a en revanche rien de confortable. D'autant qu'il faut une catastrophe colossale, qui batte tous les records. Il faut le désastre du siècle... La force et la subtilité de ce roman résident dans la restitution d'un discours. L'auteur démonte avec brio quelques concepts chers au management. Il s'empare de toute une phraséologie d'entreprise, montrant sa froideur rationnelle et sa logique implacable aussi bien que sa propension à déborder du champ professionnel pour imprégner jusqu'à la vie intime des aspirants à la réussite.

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