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Agone

  • La contrebasse ou bien la flûte, chacun dispose d'un instrument avec lequel il pense pouvoir faire l'expérience de la liberté.
    Il était une fois un homme qui possédait une contrebasse. Le soir, il s'enfermait dans l'unique pièce de son appartement et jouait pour lui-même, loin de sa jeune épouse. Il finit par savoir jouer assez bien pour devenir membre d'un orchestre de danse. Peu à peu, il devint tout à fait évident qu'il possédait l'étoffe d'un bassiste éminent. Bientôt, il s'enferma à clé le matin et le soir. Mais il arriva un jour que le couple eut un enfant, un garçon.
    Au début, tout fut à peu près comme d'habitude : le père jouait, le fils pleurait et la mère ne disait rien. Mais le père finit par remarquer que l'enfant n'aimait pas cet instrument. Peu à peu le père se mit lui aussi à prendre en grippe les contrebasses. Il se mit à jouer de plus en plus mal et ses camarades lui dirent ce qu'il en était. - le petit d'abord, répondit-il ?

  • La fabrique de violence

    Guillou Jan

    " ah ces escaliers, ces escaliers...
    Mais j'en ai vu qui étaient plus mal en point que toi. au début du semestre, j'en ai eu un qui s'appelait lennart quelque chose, je crois. il avait trois dents de cassées et l'os du nez brisé en cinq morceaux. ton nez à toi, il n'a presque rien. il restera sans doute un peu aplati mais il sera guéri dans deux semaines. le docteur effectua le premier point de suture. - le gars au nez en cinq morceaux et aux trois dents en moins, il est tombé dans le même escalier que toi, je suppose ? tu l'as peut-être même vu tomber ? il procéda au deuxième point.
    C'était donc de lelle qu'il parlait. saisissait-il vraiment le rapport, savait-il qu'erik avait été l'escalier de lelle ? non, sans doute pas. "

  • Tuer un enfant

    Stig Dagerman


    c'était silencieux dans la maison de grand-mère.
    le petit garçon se glissait d'une pièce à l'autre. il cherchait le silence. le petit garçon poussait une porte, puis une autre, et écoutait. les portes étaient lourdes et les seuils étaient hauts et dorés. lui était petit et pas très rassuré. dans sa poitrine, son coeur tictaquait comme une pendule affolée. il se tenait maintenant sur le dernier seuil et, cette fois, il ferma les yeux. il tourna la tête et tendit l'oreille vers la chambre pour écouter si c'était là que le silence était assis.
    il entendait tant de choses. il entendait un gros bateau rouler sur la mer au milieu des mugissements de la tempête. il entendait une petite fille qui pleurait parce qu'elle était morte, et qu'on ne pouvait pas voir, car elle était enterrée sous les fleurs. il entendait aussi les bottes de grand-père aller et venir dans la pièce en faisant craquer les larges lames du parquet. mais le silence, il ne l'entendait pas.


  • Ne vous attendez pas à trouver le nom du citoyen Jean-Louis Popier dans un compendium sur la Révolution française, si exhaustif soit-il. L'individu que nous évoquons sous le nom poétique de " l'homme qui mangeait la mort " fait partie de la multitude des petites gens dont les manuels d'histoire parlent peu, dont les pas ne s'impriment point sur le désert de sable de l'humanité. " Si les historiens de métier, apparentés aux chiens policiers, voient là une raison de s'en détourner pour se consacrer à ses contemporains plus illustres tels Danton, Robespierre et Jean-Paul Marat, les pères de la Révolution sous laquelle il a vécu, cela ne saura qu'inciter davantage les écrivains, ces profanateurs de tombeaux, à tenter de le sauver de l'oubli. "

  • Y en a-t-il encore parmi vous qui pensent que les vagabonds prennent la route par désir de jouissance ? ces hommes-là sont égarés.
    Et on leur reproche leur égarement. " à eux d'en tâter aussi ! dit-on. de sentir l'effet que ça fait de damer le macadam ou de tailler des pavés! que ces canailles sachent ce que c'est que de faire bouillir l'asphalte et de se balader au soleil auprès de cette marmite infernale! " ici les hommes font la grève pour de bon. ils ne la font pas pour des raisons d'ordre économique ou social. non, ils refusent simplement les directives, ce goût de la torture qui est inséparable de l'obligation de travailler.
    /> Ce que nous appelons paresse est de leur part une grève purement physiologique dirigée contre le travail obligatoire conçu comme un tourment, contre une hypocrisie qui s'est donné le nom d'" honneur du travail ". les hommes qui sont couchés là sont paresseux, déprimés et égarés. mais ce sont des hommes. et ils ne sont pas paresseux, déprimés et égarés parce que c'est amusant de l'être. ils sont vagabonds par malaise.
    Et ils fuient ce malaise. ils espèrent un miracle.

  • " Au secours, les tués ! Assistez-moi, que je ne sois pas obligé de vivre parmi des hommes qui par ambition démesurée ou instinct de survie ont ordonné que des coeurs cessent de battre, que des mères aient des cheveux blancs ! Revenez ! Demandez-leur ce qu'ils ont fait de vous ! Ce qu'ils ont fait quand vous souffriez par leur faute avant de mourir par leur faute ! Quel beau tableau de la persévérance ! Cadavres en armes, protagonistes de la vie mort-née des Habsbourg, formez les rangs et hantez leur sommeil. Arrachez-vous à cette pétrification ! Avancez ! Avance, cher partisan de l'esprit, et réclame-leur ta chère tête ! Avance pour leur dire où tu es et comment c'est là-bas, dis-leur que tu ne voulais plus jamais te laisser utiliser pour ça ! Et toi là-bas, avec ce visage défiguré à ton dernier instant, lorsque sur ordre, la bête sauvage, l'écume aux lèvres, jadis peut-être un homme comme toi, se précipita sur toi dans ta tranchée - avance ! Ce n'est pas votre mort - c'est votre vie que je veux venger sur ceux qui vous l'ont infligée ! J'ai dessiné les ombres qu'ils sont et qu'ils voulaient par esprit de mensonge transformer en apparence ! Je les ai dépecés de leur chair ! Mais les pensées nées de leur bêtise, les sentiments nés de leur malignité, l'effroyable rythme de leur inexistence, je les ai affublés de corps et je les laisse se mouvoir ! Si l'on avait conservé les voix de cette époque dans un phonographe la vérité extérieure aurait démenti la vérité intérieure, et l'oreille n'aurait reconnu ni l'une ni l'autre. Ainsi donc, le temps rend la substance méconnaissable et il pourrait accorder l'amnistie au plus grand crime jamais commis sous le soleil, sous les étoiles. J'ai sauvegardé la substance, et mon oreille a découvert la résonance des actes, mon oeil le geste des discours, et ma voix, chaque fois qu'elle citait, a retenu la note fondamentale, jusqu'à la fin des jours. "

  • Troisième registre d'une fantasmagorie littéraire qui déroule le destin de l'humanité dans l'histoire tourmentée des Balkans, ce volume nous transporte au siècle de Soliman le Magnifique, quand Siméon de Szeged tente de se faire artiste pour échapper à la destinée commerciale de sa lignée. Où l'on voit que la trahison de la sainte trinité aroumaine - Famille, Propriété, Passé - se solde par la mort.

  • Il faut partir

    Harry Martinson

    Ceux que la société prend en considération, ce sont ceux qui serrent les mâchoires et dont l'harmonie intérieure repose presque uniquement sur la dureté et le culte de la prestation.
    Ce genre d'être humain n'est jamais malheureux et c'est pourquoi il ne vaut pas la peine d'en parler. tout ce que l'on peut faire, c'est constater que ces gens sont les ennemis naturels de ce qui est trop sensible. sous ce fait se dissimule un abîme de jalousie et de bassesse de toute nature, car c'est sans doute ainsi que se présente la vie. il s'agit peut-être d'une lutte entre ce qui est grossier et ce qui est trop sensible, entre diverses espèces de nerfs, entre sensibilité et brutalité recouverte d'un vernis superficiel.
    Et de même que cette lutte se déroule entre les individus, elle se déroule aussi, sans doute, en chacun de nous qui vivons sur cette terre. c'est ce que ressent celui qui est trop sensible, c'est-à-dire ce qu'il éprouve au moyen de ses nerfs, sans être atteint pour autant d'une maladie nerveuse ; du moins n'est-il pas plus malade que tous ces salauds bruyants, durs et gaillards, qui en toute circonstance sont l'ennemi de celui qui est trop sensible.

  • TOUS AVAIENT TENTÉ, à un certain moment, d'échapper à la Firme, mais ils avaient fini, tôt ou tard, par revenir en son giron maternel. La Firme était toujours la plus forte. Elle régissait, tel un tyran impitoyable, leurs pensées, leurs agissements, leurs sentiments, tout ce par quoi ils se distinguaient des animaux. Elle était devenue la prémisse essentielle de leur condition humaine. Tel un Moloch impassible, elle digérait leurs révoltes insensées et, quoi qu'ils fissent pour lui échapper, les ramenait toujours à elle, dans ses entrailles brûlantes, comme les victimes immolées au dieu du commerce à Carthage. Elle les attelait à son char doré. Siméon n'avait pu s'en défendre, même en se réfugiant sous une forme chevaline. Car la Firme, c'était eux, justement, tous ces Siméon défunts et dont l'âme n'avait pas encore trouvé le repos. Leur désir d'accumuler, leur soif de posséder se condensaient en Siméon, prenant le contrôle de tout son être. L'énergie ne faisait alors plus qu'un avec la matière, l'idée avec la marchandise. Et l'on ne pouvait rien contre. Rien n'aurait pu ramener cette nouvelle divinité, invisible et inconnue, à l'obéissance et à la modération.
    Deuxième registre - après La Toison d'or (Agone, 2001) - d'une fantasmagorie littéraire qui déroule le destin de l'homme dans l'histoire tourmentée des Balkans, ce volume retrace les insurrections serbes, la formation de la Yougoslavie et la constitution d'une classe bourgeoise à travers la quête marchande d'une famille serbe d'origine aroumaine. Où l'on voit la lutte pour la survie se transformer en une course effrénée pour l'accumulation de profits.

  • Les temps maudits

    Marcel Martinet

    Devant le crime oú roulait, pour tâcher de se survivre, la vieille société de proie, la démente, par un suicide devant le crime sacrilège de l'homme contre l'homme, du pauvre contre le pauvre, devant l'acceptation du crime, le vautrement de tous dans le crime, de tous et de ceux d'abord qui s'étaient donné mission, qui sur les places publiques vantaient leur mission d'être des hommes fidèles à l'homme, j'ai écrit - l'ai-je écrit ? il est sorti de moi brûlant et tout armé -, dans la première hantise du sang versé et des agonies, un livre de poèmes qui n'est qu'un cri de douleur et de colère.
    Je n'en renie aujourd'hui pas un mot ; pas une malédiction, pas une goutte de sang ; car il est aussi plein d'amour, et justifié par chaque nouveau jour qui s'ajoute au tas monstrueux des jours de guerre. ecrits pendant la guerre de 1914-1918, " ces chants d'espoirs désespérés ", s'inscrivent dans la tradition française des grandes protestations lyriques, - ils dénoncent l'absurdité du massacre mondial et fustigent ceux qui le justifient.
    Interdit par la censure, les temps maudits fut publié en suisse (1917) avant d'être édité en france (1920) et traduit en plusieurs langues.

  • Pourquoi souffre-t-elle autant ? Physiquement, en ce moment, mais aussi dans sa caboche depuis si longtemps...
    Rien ne se passe comme elle le voudrait. C'est un échec, un échec sans borne, sa vie. Elle a quel âge ? Vingt-cinq ans ! Qui le croirait ? Sa tronche, c'est un mouchoir sale. Un mouchoir à jeter. Vingt-cinq ans et quel avenir ? Les semaines, les mois futurs ? Des fagots trop humides pour s'enflammer... Elle est seule ? Elle ne sait pas. Des amis ? Fréquente-t-elle des collègues ? Son boulot, comme elle s'en fiche ! Elle se dit tout à coup qu'elle n'y retournera peut-être pas.
    Mais que faire, alors ? Que faire pour se loger, pour bouffer ? Pas même un petit ami, un galant régulier qui l'accueillerait trois jours chez lui, qui lui prêterait sa clé, juste des lourdingues de temps à autre, quand la solitude est trop épuisante, quand le corps réclame son lot de caresses.

  • On s'était extirpé des bas-fonds.
    On avait parcouru le chemin qui menait aux étoiles. on ne pouvait pas aller plus loin. on s'était emparé de la toison d'or terrestre. il n'y avait plus de raisons de continuer la route. maintenant qu'ils étaient tout en haut de l'échelle, les njegovan ne pouvaient plus que piétiner sur place. certes, il leur était encore possible d'accroître leur fortune, d'acheter toujours plus de maisons, de commerces, d'usines, de terres, de mines, d'actions, de bijoux, d'acquérir davantage de pouvoir et de gloire, d'arracher quelques boucles supplémentaires à la toison, mais ce serait de l'accumulation pure et simple.
    Ils étaient déjà si riches qu'on ne remarquait même plus qu'ils continuaient à s'enrichir. tous leurs biens avaient moins d'importance à leurs yeux que le deuxième sac de ducats économisé, le second privilège obtenu ou, même, le moindre geste de reconnaissance publique pour leurs ancêtres à l'époque oú ils n'étaient encore rien ni personne. il leur restait à trouver un sens à leur course au profit ou, tout au moins, à remettre en cause celui qui l'avait jadis justifiée.
    Il convenait maintenant de placer la toison d'or terrestre sur le plateau de la balance. cinq siècles d'histoire mouvementée des balkans sont livrés ici en une fantasmagorie littéraire qui retrace l'ascension sociale et la chute d'une puissante famille serbe d'origine aroumaine : une saga en sept registres nourris de la mythologie qui accompagne l'errance de ce peuple et tourne en dérision les mirages de la société marchande.
    Oú l'on voit que la quête de la toison d'or se confond avec une recherche du profit et du gain qui n'épargne que les tempéraments artistes.

  • Témoignage littéraire et politique d'" un Allemand à la recherche de l'espoir perdu ", ce récit autobiographique à l'écriture ferme et puissante, qui rappelle Gorki ou London, nous montre de quels bas-fonds est sorti le nazi et pourquoi le communiste s'est trouvé impuissant face à ce mystérieux usurpateur. " On n'obtient pas de la vie ses secrets à main armée. " Tout le livre tourne autour de cette obscure révélation, qui porte en elle la condamnation d'une technique, d'une industrie, d'une civilisation qui fondent la connaissance sur la violence faite aux choses et aux êtres. Le héros découvre lentement pour quelle raison notre pouvoir, notre science, nos lois, nos contraintes, nos dogmes, nos églises, nos politiques - par leur caractère même de masse et de violence - échouent devant le plus humble des mystères, celui de l'existence individuelle ; il comprend que c'est leur misérable vengeance qui remplit le ciel de fureur et la terre de sang.

  • En l'an de grâce 1192, les rivalités politiques continuent d'agiter le Västra Götaland. De retour au pays, Arn Magnusson et ses compagnons d'Outre-mer vont édifier des places fortes et dresser une véritable armée pour défendre ce petit territoire destiné à devenir la Suède.

    Dans ce dernier volume de la Trilogie d'Arn le templier (après Le Chemin de Jérusalem et Le Chevalier du Temple), Jan Guillou prend à contre-pied le mythe nationaliste des origines vikings du royaume de Suède.

  • Novembre 1918

    Alfred Döblin

    Récit des derniers jours de la présence allemande en Alsace-Lorraine, Bourgeois et soldats installe le roman au milieu de l'agitation, soldats révoltés et population civile mêlés : officiers provisoirement détrônés et bourgeoisie locale en spectatrice ricanante ; amours qui se font et se défont; petits trafics, chapardages, et enfin les drapeaux tricolores cousus à la va-vite.
    Les deuxième et troisième tomes de Novembre 1918, écrits de début 1939 à mi-1940, Peuple trahi et Retour du front avaient été conçus comme un seul volume : où l'on découvre le Berlin de la misère et celui des profiteurs de guerre, des bourgeois insouciants, des petites et grandes canailles. ; ce sont aussi, entremêlées, grandes et petites manoeuvres : au niveau des États, les affrontements autour du Traité de Versailles, qui décideront de l'avenir de l'Europe ; au niveau individuel, les engagements et trahisons, d'amour et de politique, prélude au dénouement sanglant du dernier tome.
    Écrit en 1942 depuis un exil dont l'auteur ne peut espérer la fin tant le nazisme semble triompher, Karl et Rosa donne le dernier acte de l'évanouissement d'un espoir : que l'ordre ancien disparaisse avec la fin de la Grande Guerre. Personnages historiques et de fiction se croisent ici pour rendre le drame de l'écrasement de la révolution spartakiste, prélude funeste au siècle qui commençait.

  • Il fallait bien être quelques-uns pour tenir le pays debout.
    L'époque était difficile. on avait besoin d'hommes ! moi je pétais le feu ! je veux dire, je le pète toujours. regardez-moi ! soixante ans ! jamais malade. toujours pété la santé. quand les bombardés se sont ramenés, toutes ces victimes des bombardements. j'avais sous ma responsabilité la distribution des cartes et de l'alimentation. j'ai fait mon beurre avec ça. j'aurais pu monter une affaire (montrant l'épicerie fine) comme celle-ci.
    Les victimes des bombardements, de toute façon, ils s'en fichaient. quelqu'un qui vient de perdre sa maison, il ne pense pas à bouffer. il est content d'être en vie. quand quelqu'un rouspétait, je lui lançais simplement un regard. tout de suite il la fermait. ça, je l'ai appris du führer. je n'ai pas les yeux bleus, mais ça, je sais le faire moi aussi. sous le titre hanna & karl, nous avons rassemblé deux drames historiques autrichiens.

  • Les cent trois chants de cette épopée nous invitent au dernier voyage de l'humanité, enfermée dans le tombeau spatial Aniara, qu'une fausse manoeuvre a condamné à errer indéfiniment dans l'espace. Écrit entre 1953 et 1956, en pleine guerre froide, ce poème de science-fiction inaugure la critique du développement technologique nuisible à la nature comme à la vie sociale. Très controversée au moment de sa parution en Suède, cette odyssée de l'espace - adaptée par le compositeur Karl-Birger Blomdahl dès 1959 et jouée sur diverses scènes d'opéras européens - connut en revanche un succès populaire immédiat.

  • Ecrit par un homme de vingt-trois ans qui regarde l'Europe entrer dans la guerre froide en rêvant d'une humanité solidaire, ce roman exprime le drame d'un monde où la fraternité n'est plus capable de renaître dans le coeur des hommes.
    Ce roman fouille les angoisses de personnages aux prises avec les rôles sociaux des sociétés modernes. Stig Dagerman (1913-1954) fut salué dès son premier roman, Le Serpent, comme l'un des espoirs majeurs de la littérature suédoise. Son oeuvre mêle écrits littéraires et journalistiques, parmi lesquels le recueil La Dictature du chagrin, Ies romans L'Enfant brûlé et Ennuis de noces ; les nouvelles Tuer un enfant et le récit Automne allemand.

  • À la fin de l'hiver 1848, un vent de révolte nationaliste va ébranler l'Autriche-Hongrie de Metternich. Cependant, les peuples sous domination autrichienne ne sont pas les seuls à s'insurger. Un des membres de la maison Njegovan, Siméon le jeune Patron, fait de même. Il a décidé de quitter la Firme pour mener une vie d'artiste avec l'écuyère Juliana Tolnay, rencontrée quelque mois plus tôt dans un cirque à Belgrade, et de remplacer l'adage familial " Vivons pour gagner de l'argent " par " Vivons pour jouir ". Ayant rompu ses fiançailles avec Tomania Sina (qui étaient une alliance commerciale entre la maison Njegovan et la maison Sina), il part avec sa belle à Vienne, où vit son grand-père Siméon Lupus, qui y a suivi le prince Milos Obrenovic en exil. Lupus manoeuvrera pour déjouer le danger qui menace la Firme. Il jettera Juliana dans les bras du prince, alors un vieillard de soixante-huit ans. La rupture entre les amants aura lieu à la veille des troubles du 13 mars. Vienne se soulève et Siméon, errant dans la ville en ébullition, retrouve sa bien-aimée sur une barricade. Juliana, blessée dans les combats, succombera.
    La révolution sera suivie de la réaction et Siméon le Patron sera remis sur les rails de la Firme. Il est envoyé à Belgrade où il épouse Tomania Sina. Cependant, son aventure avec Juliana Tolnay l'aura tellement bouleversé qu'il ne consommera ce mariage que dix ans plus tard.
    Des fenêtres de sa résidence viennoise, Lupus a vu l'insurrection comme une incursion de l'enfer ici-bas et trouvera la mort à l'occasion d'une autre émeute, à Belgrade en 1862...

  • La trilogie médiévale de Arn (XII-XIIIe siècles) - Le Chemin de Jérusalem, Le Templier et Le Royaume au bout du chemin - trace au travers de son personnage principal, Arn Magnusson, le portrait d'un monde nordique, qui récemment converti au christianisme, se lance dans l'aventure des croisades et s'ouvre de ce fait à la religion et la culture musulmanes.
    Né en 1150 dans un territoire qui deviendra la Suède, le jeune Arn est élevé par des moines cisterciens, puis contraint pour expier ses péchés à se faire Templier avant de rejoindre le royaume de Jérusalem. Combattant exceptionnel et esprit ouvert il éprouvera du respect pour Saladin et un profond mépris pour les représentants de l'Occident chrétien en Palestine. Après la débâcle des Croisés en Terre Sainte, Arn Magnusson rentre en Suède où il retrouve la femme qu'il aime avant de se lancer dans une entreprise de stabilisation du pays, qu'il confiera à sa mort à son petit-fils Birger, fondateur de Stockholm et unificateur de la Suède.
    Dans ce premier volume, Jan Guillou prend un plaisir évident à nous plonger dans un monde en voie de transformation radicale. Prenant à contre-pied la vision traditionnelle d'un Moyen Age sombre et barbare, l'auteur révèle au contraire l'extraordinaire dynamisme de cette époque et le laboratoire culturel et politique qu'elle a pu représenter. Évoluant dans un environnement hostile, le héros de ce roman est porteur des valeurs de tolérance et d'humanisme auxquelles l'auteur s'est toujours montré attaché - et qu'il propose ici, en filigrane, comme modèle pour notre époque marquée par la violence, le sectarisme et le repli frileux sur les identités religieuses et nationales.

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