Littérature traduite

  • Des millions d'Américains travaillent à plein temps, 365 jours par an, en échange d'un salaire de misère. Comment peut-on survivre, voire prospérer, lorsque l'on est payée moins de sept dollars de l'heure et que l'on vit au-dessous du seuil de pauvreté ? C'est pour répondre à cette question que Barbara Ehrenreich décide en 1998 de se plonger dans une expérience unique : elle quitte son statut confortable de journaliste-écrivain et s'engage dans les rangs toujours grossissants de la main d'oeuvre bon marché aux Etats-Unis. Jouant le rôle d'une femme au foyer désireuse de réintégrer le monde du travail, elle accepte les emplois dits « non qualifiés » qui se présentent à elle et s'interdit tout recours à ses propres ressources.
    Son éprouvant périple la mène de la Floride (Key West) au Maine (Portland), en passant par le Minnesota (Minneapolis), où elle sera successivement serveuse, femme de ménage, assistante dans une maison de retraite et employée de supermarché. Elle apprend à se battre pour trouver un toit quelconque - caravane, appartement vétuste, chambre de motel... et subir sans broncher, sous peine d'être jetée à la rue, des humiliations quotidiennes. Elle apprend très vite qu'il est parfois impossible de subvenir à ses besoins les plus élémentaires en assumant un seul emploi...
    L'Amérique pauvre, témoignage drôle et effrayant d'un voyage parmi les working poors que l'Amérique triomphante nous cache, révèle un monde où survivre exige de recourir au système D et où la solidarité n'est pas un vain mot. Barbara Ehrenreich dégage de son expérience une conclusion qui fait froid dans le dos : dans une Amérique qui refuse de regarder en face ses millions de citoyens se débattant dans la misère, et où la culture de l'inégalité est à ce point intériorisée, le malheur des uns fait la prospérité des autres.

  • « Depuis les années 1950, avec Le Rempart des béguines, La Chambre Rouge, Cordélia, Les Mensonges et L'Empire céleste, jusqu'aux années 1990 avec Adriana Sposa, Divine, Les Larmes, La Maison dont le chien est fou et Sept démons dans la ville, l'oeuvre de Françoise Mallet-Joris exerce une fascination très particulière sur un large lectorat. Le contenu de cette oeuvre, qui est en perpétuelle évolution mais toujours fidèle à sa nature première, s'enracine dans une expérience vécue, observée ou sortie des livres d'Histoire. C'est donc une oeuvre diverse et qui ne recule devant aucun sujet - les relations familiales, la psyché de l'individu, des systèmes de croyance aussi bien nihilistes que mystiques, la sexualité, la conscience féminine, la créativité et les structures sociales au sens large du terme. Françoise Mallet-Joris est aussi à l'aise dans la description de son époque que dans une reconstruction historique qui sait s'appuyer sur des recherches, sans faire fi pour autant de l'imaginaire. »
    Susan Petit, dont l'étude est rédigée avec vigueur et élégance, soulève toutes ces questions, et bien d'autres encore. Elle conclue en avançant, avec modestie et intelligence, que « l'oeuvre de Françoise Mallet-Joris nourrit notre réflexion, de quelques pistes cohérentes, stimulantes et provocantes, pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.» Que demander de plus à un auteur que sa vie personnelle a entraîné sur son chemin propre mais qui a su conserver un esprit d'ouverture admirable et un questionnement fécond sur l'existence oe

  • Journal de Ponary 1941-1943 : un témoignage oculaire unique sur la destruction des Juifs de Lituanie Nouv.

    «Pour les Allemands, 300 Juifs représentent 300 ennemis de l'humanité. Pour les Lituaniens, 300 paires de chaussures et de pantalons».

    Chronique de la Shoah à l'Est de l'Europe, rédigée en temps réel par un témoin oculaire, et pour la première fois accessible au public français, Le Journal de Ponary, constitue un document unique et « sans aucun équivalent dans les annales des témoignages sur les grands massacres par fusillades », selon l'ex-président de Yad Vashem, Y. Arad.
    Dès l'arrivée des Nazis, en 1941, en Lituanie, Kazimierz Sakowicz, un journaliste polonais catholique qui venait d'emménager, en pleine nature, dans le cadre idyllique de Ponary, près de Vilnius (Wilno), se retrouve aux premières loges d'une gigantesque tuerie. De sa véranda ou caché derrière la lucarne de son grenier, il consigne scrupuleusement - jour après jour et au péril de sa vie -, les atrocités qu'il observe sous ses yeux : l'acheminement des victimes, leur déshabillage, les tortures, les charniers mal recouverts, la sophistication progressive du mode opératoire des tueurs, tous de jeunes volontaires lituaniens « âgés de 17 à 23 ans » ...
    L'autre intérêt majeur de ce Journal est de montrer pour la toute première fois le sordide quotidien d'un site de mise à mort, entre rapines et beuveries, et le rôle crucial des collaborateurs locaux. Celui des « tireurs », mais aussi des riverains, que l'on ne saurait sans malhonnêteté qualifier de « témoins ». Et qui, dès les premières semaines, se livrent à un « ignoble trafic d'affaires juives ». Une noire industrie dont on découvre ici - dans la foulée des travaux de l'historien J. Tomas Gross, l'auteur des Voisins (Fayard, 2002) -, l'invraisemblable ampleur. Entre 1941 et 1944, ce sont 70 000 Juifs, hommes, femmes et enfants, qui, à Ponary, furent massacrés aux bords de sept immenses fosses, ainsi que 20 000 Polonais et 10 000 prisonniers soviétiques.
    Sakowicz dissimulait les feuillets de son journal dans des bouteilles de limonade qu'il enterrait au fur et à mesure dans son jardin. Il a été tué dans des circonstances troublantes juste avant la Libération. Exhumé après-guerre puis sciemment dispersé par le régime communiste dans différentes archives, la reconstitution de ce journal, miraculeusement sauvé, fut une odyssée en soi.

    Texte présenté, annoté et traduit du polonais par Alexandra Laignel-Lavastine

  • Lorsque Georges W. Bush devient président des Etats-Unis en 2001, la balance budgétaire affiche un excédent de 127 milliards de dollars. En 2003, le déficit annoncé est de 374 milliards de dollars - triste record jamais égalé dans l'Histoire de l'Amérique. Une dette nationale qui, en moyenne, s'aggrave de 1,58 milliard par jour ! Mais ce ne sont pas les seuls chiffres qui accusent l'administration Bush, car dans bien des domaines, le bilan est édifiant :
    Plusieurs centaines de G.I.s morts en Irak,
    1,57 million d'entreprises ayant fait faillite en 2002 (là aussi, un record),
    152 prisonniers exécutés au Texas gouverné par Bush (plus qu'aucun autre gouverneur de l'Histoire récente des Etats-Unis),
    43,6 millions d'Américains sans couverture sociale,
    2,4 millions d'emplois supprimés,
    et les 28 jours de vacances que s'octroie le Président, quand ses concitoyens n'en ont droit qu'à 13...
    Ce livre n'est pas un réquisitoire enflammé ou un cri de colère contre l'Administration Bush. Il s'agit au contraire de dresser le bilan d'une régression : ce que l'Amérique a perdu en quatre ans. Pourquoi la guerre en Irak se révélera sans doute le plus grand scandale du siècle ? Comment les Américains, champions des droits civiques, ont-ils pu accepter l'abolition de leurs libertés, au nom de la sécurité de leur pays ? Comment met-on une économie à genou en si peu de temps ? Comment peut-on ouvertement se moquer des conséquences désastreuses de nos choix de vie sur l'environnement et les générations futures, et s'affranchir de toutes les règles internationales (protocole de Kyoto, T.P.I., etc) ? Enfin, comment l'Amérique, si longtemps admirée, peut-elle cristalliser désormais tant de haines chez ses alliés historique ? Une analyse implacable : que Bush soit réélu ou pas, la face de l'Amérique sera transformée pour une génération au moins.


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