Macula

  • Clement Greenberg est le critique d'art américain le plus influent du XXe siècle - et ce livre, son maître-livre. Deux générations d'artistes et d'historiens de l'art moderne en ont tiré une manière de penser et, pour certains, de peindre et de sculpter. Toute la New York Scene s'est définie pour ou contre Greenberg - mais toujours par rapport à lui et, depuis vingt ans, des centaines d'articles polémiques lui ont été consacrés.
    Qu'est-ce que l'art moderniste ? Qu'est-ce que le main stream, de Manet à Pollock ? D'où vient l'explosion de l'art américain d'après-guerre ? À quoi tient l'importance de Monet et Cézanne aujourd'hui ? Y a-t-il une spécificité de la sculpture contemporaine ? Faut-il préférer l'art abstrait ? Que vaut la peinture française depuis 1945 ? Kandinsky, Rouault, Soutine, Chagall sont-ils surfaits ? Le cubisme est-il la grande révolution artistique du siècle ?
    C'est à ces questions que Greenberg répond dans Art et Culture : trente-huit articles - tous de circonstance - qui sont devenus autant de références pour la critique internationale.

  • Ce livre est un traité d'esthétique paradoxale. Une esthétique que Georges Didi-Huberman développe à partir de l'analyse minutieuse - textes et images mêlés et confrontés - de Documents, la revue d'art que Georges Bataille, avec ses compagnons Michel Leiris, Carl Einstein, Marcel Griaule, et quelques autres, a dirigée en 1929 et 1930.
    Dans cette revue, Bataille a fait preuve d'une stupéfiante radicalité dans la tentative de dépasser, de « décomposer » comme il disait, les fondements mêmes de l'esthétique classique.
    Et il le fit autant dans la production théorique de quelques notions explosives que dans la manipulation pratique, concrète, des images qu'il convoquait et montait les unes avec les autres pour mieux éprouver leur efficacité.
    Ce livre tente de dégager une leçon de méthode pour l'histoire de l'art et pour l'esthétique d'aujourd'hui : la conjonction d'une pensée transgressive et d'une pensée déjà structurale, la conjonction des avant-gardes artistiques (peinture, sculpture, cinéma, photographie) et des sciences humaines (archéologie, histoire, ethnologie, psychanalyse). Tout cela fait de Documents un véritable moment clef dans notre pensée moderne de l'image: un moment de gai savoir visuel dont nous devons, aujourd'hui plus que jamais, méditer la généreuse leçon.

  • Conduit en sept chapitres incisifs, ce parcours de la sculpture moderne commence avec Rodin, qui détruit tout à la fois l'unité de l'espace narratif (avec la Porte de l'enfer) et le postulat analytique (avec le Balzac). Il se poursuit par un examen du cubisme et de son héritage constructiviste, puis, après un intermède sur Brancusi et Duchamp, par l'une des seules analyses réalisées à ce jour de l'apport du surréalisme dans le domaine de la sculpture.
    Les trois derniers chapitres concernent la période allant de l'après-guerre au début des années soixante-dix. De David Smith à Anthony Caro, des happenings aux volumes minimalistes, des empilements de Richard Serra à la Spiral Jetty de Robert Smithson s'affine peu à peu une esthétique du décentrement propre à notre modernité.
    Une synthèse impressionnante où l'auteur déploie tour à tour son aptitude à l'analyse formelle des oeuvres et sa capacité à resituer l'art contemporain dans le champ général du savoir.

  • Voici le premier livre en français sur Aby Warburg (1866-1929). Fondateur de la discipline iconologique, créateur du prestigieux institut qui porte son nom, Warburg a compté parmi ses disciples les plus célèbres historiens d'art du siècle : E. Panofsky, E. Wind, F. Saxl...
    Avec Warburg, l'histoire de l'art n'opère plus aux confins de l'anthropologie : elle en est une catégorie. Plutôt que leur beauté, il met en évidence l'efficacité des images. Ses mots clés sont : survivance, magie, astrologie, empathie, animisme, totémisme...
    À trente ans, en 1896, par un geste raisonné de rupture, il se rend chez les Hopis du Nouveau-Mexique. Étrange parcours mélancolique d'un historien qui va trouver dans les rituels des Indiens pueblos les réponses aux énigmes que lui posait la Renaissance de l'Occident.
    À partir de 1924, Warburg élabore avec son Atlas intitulé Mnémosyne une «histoire de l'art sans texte» qui procède par juxtaposition de documents empruntés à tous les champs du savoir, esquisse mystérieuse d'un nouveau type d'exposé et d'exposition, loin des généalogies établies.
    L'ouvrage de Philippe-Alain Michaud n'est pas seulement un livre sur Warburg, c'est un livre avec Warburg - dont il prolonge les intuitions en introduisant dans son analyse le daguerréotype, les expériences de Marey, le cinéma primitif, la danse de Loïe Fuller, toutes pratiques qui affleurent dans l'interprétation warburgienne des images et qui en éclairent la singularité.

  • Les papiers de Picasso

    Rosalind Krauss

    Picasso avait travaillé dur pour l'exposition de 1919 chez son nouveau marchand, Paul Rosenberg - sa première exposition personnelle en treize ans, partagée entre oeuvres cubistes et dessins néoclassiques. Et voilà qu'un critique comme Roger Allard n'y reconnaît qu'une succession de pastiches historiques : « Tout, y compris Léonard, Dürer, Le Nain, Ingres, Van Gogh, Cézanne, oui, tout [.] excepté Picasso. »
Dans Les Papiers de Picasso, Rosalind Krauss réévalue la figure du Maître cubiste, du novateur, de l'inventeur, et le dévoile comme un être embarrassé et angoissé par le poids de son statut de génie créateur.
Elle convoque la psychanalyse pour relire les témoignages de ses proches, ses femmes, ses amis, et redessine une image de l'artiste, avec ses failles et ses doutes. Elle analyse aussi les rapports de Picasso avec ses contemporains, notamment Apollinaire, Cocteau ou encore Picabia, avec lequel le peintre entame un « bras de fer » aussi intellectuel qu'émotionnel.
En s'appuyant sur la linguistique et la sémiologie, Rosalind Krauss analyse brillamment les collages cubistes et les coupures de journaux choisies par Picasso, chacun révélant une multitude de voix, dont aucune n'est censurée par l'artiste, mais dont aucune n'est authentiquement la sienne.
Picasso est-il le Midas moderne qui aurait non seulement transformé les déchets de la vie quotidienne en or dans ses collages cubistes, mais aurait également conféré une nouvelle valeur au travail des Vieux Maîtres ? Ou était-il un contrefacteur vorace qui aurait impitoyablement puisé dans le style des autres ?
    Rosalind Krauss, dans cet exercice novateur, démontre que Picasso possède sa propre formule dans l'art de pratiquer l'interdit.
Historienne de l'art, Rosalind Krauss enseigne à l'université de Columbia, à New York. En 1976, avec Annette Michelson, elle fonde la revue October.

  • Ce livre constitue la première monographie entreprise à propos de la sculpture la plus étrange, la plus atypique, de Giacometti : il s'agit du Cube, considéré comme le seul objet «abstrait» de l'artiste. Inexplicable à ce titre dans une oeuvre vouée, paraît-il, à la «recherche de la réalité».
    Mais le faisceau de questions, d'hypothèses et d'analyses formelles ou historiques dont ce livre littéralement entoure l'objet ouvrira au lecteur de toutes nouvelles perspectives. Étude minutieuse d'une élaboration figurale étendue sur deux ou trois années - soit entre 1932 et 1935 - à travers les dessins, les gravures, les sculptures et aussi les textes de Giacometti, l'essai de G. Didi Huberman permet de découvrir dans le Cube un objet, à la charnière de ses époques «surréaliste» et «réaliste», où l'artiste articula quelques-uns des paradigmes essentiels à son art dans la longue durée : rapport des corps à la géométrie ; séparation du visage et du crâne ; iconograpie de la mélancolie ; et enfin le problème du portrait, qui oblige devant cette sculpture à penser la notion inédite d'un «anthropomorphisme abstrait».

  • écrits

    Barnett Newman

    «J'ai aidé la peinture à s'élever au rang d'une vision nouvelle et grandiose .» Barnett Newman La stature de Barnett Newman n'a cessé de grandir depuis sa mort à New York en 1970. Il est l'homme qui a forclos l'expressionnisme abstrait et ouvert la voie aux nouvelles générations (minimalisme, color painting) - l'égal mais aussi l'opposé de son ami Jackson Pollock.Anarchiste, métaphysicien, agnostique, philosophe, polémiste, Newman revendique pour la peinture des ambitions sans limites : l'oeuvre doit s'affirmer «devant la terreur de l'inconnaissable», elle défie «le chaos noir et dur qu'est la mort».
    Par ses textes comme par ses tableaux, l'artiste explore l'interstice entre culture et culte, entre le tangible et l'intangible, entre la concrétude de l'oeuvre et le tremblé de la transcendance, entre la finitude de l'homme et l'infini de l'art.
    Textes anachroniques, en un sens, à l'âge de l'industrie culturelle. Utopiques, démesurés - comme si se jouait là, dans l'art, un choix de civilisation.
    Newman voulait arracher la peinture au formalisme. Son oeuvre - il y insiste - est née de la révélation du désastre après la guerre :
    Auschwitz, Hiroshima. Contre la barbarie, il a cherché à produire des images de haute densité, des totems, des «concrétions d'émotion». Dans le silence du face à face avec l'oeuvre, le regardant doit acquérir un sentiment héroïque de sa condition d'homme.
    Mais l'ambition était aussi au coeur du travail quotidien de Newman : «. quand vous êtes dans votre atelier, vous êtes en train de faire la plus belle oeuvre qui ait jamais été peinte. Pas la plus belle oeuvre que vous puissiez faire : la plus belle qui ait été peinte!».
    L'édition française des Écrits s'accompagne d'un appareil de notes substantiel qui replace la pensée et la vie de Newman dans le contexte des années 1940-1970 à New York.

  • Si la critique d'art américaine a été dominée par clement greenberg dans l'immédiat après guerre et jusqu'au milieu des années soixante, rosalind krauss en est la figure principale depuis près de vingt ans.
    Non seulement ses prises de position audacieuses connurent très tôt un retentissement considérable (elle fut le critique du minimalisme, par exemple), mais elles furent amplifiées par son enseignement (on trouve parmi ses élèves les meilleurs historiens et critiques actuels de l'art moderne en amérique) et par la revue october, qu'elle fonda avec annette michelson en 1976, et qui devint rapidement l'organe essentiel d'un dialogue transatlantique.

    Le recueil de textes présentés ici expose à la fois l'itinéraire intellectuel de rosalind krauss, la diversité de ses intérêts et sa rare capacité à lier les problèmes esthétiques posés par telle ou telle oeuvre d'art aux grandes questions théoriques de notre temps. les premiers essais ("un regard sur le modernisme", "rauschenberg", "sens et sensibilité") marquent la rupture avec greenberg et démontrent la nécessité de cette rupture pour quiconque s'intéressait aux courants que greenberg condamnait (pop art, minimalisme, process art).
    On y sent déjà que, lorsque rosalind krauss flétrit le formalisme greenbergien, ce n'est pas tout formalisme qu'elle rejette (jusqu'à ce jour, elle demeure l'un des critiques les plus attentifs à la spécificité matérielle et formelle des oeuvres qu'elle analyse).
    Un deuxième ensemble de textes est lié à sa découverte du structuralisme, conçu comme un outil permettant de penser les relations intertextuelles et de se dégager de l'historicisme maniaque de la critique d'art ("grilles", "la sculpture dans le champ élargi", "picasso", "gonzalez", "giacometti", " pollock ", "lewitt").

    Une troisième série d'essais fait écho à la critique du structuralisme et ouvre sur une définition du post-modernisme comme mise en crise de l'originalité - définition que rosalind krauss fut la première à poser pour ce qui concerne les arts plastiques ("l'originalité de l'avant-garde", "sincèrement vôtre", "richard serra" ). dans tous les cas, l'oeuvre d'art est pour cet auteur l'objet d'un enjeu théorique, un objet qui, si on le regarde de très près, oblige à repenser toute forme de théorie.
    Aucun essentialisme dans ce livre, aucun sanglot nostalgique, aucun retour à "l'humain", au "métier" ou à la terre de nos ancêtres. l'art moderne et contemporain a beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes, dit rosalind krauss. encore faut-il lui faire un peu confiance.

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