Gallimard

  • Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu'à la mort qu'il s'est choisie, une seule règle. Celle-là même qu'il résume dans l'Avertissement pour la troisième édition française de son livre La Société du Spectacle :
    «Il faut lire ce livre en considérant qu'il a été sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire. Il n'a jamais rien dit d'outrancier.»

  • Monk

    Laurent de Wilde

    Parmi les génies que compte la musique négro-américaine, Thelonious Sphere Monk est certainement le plus étrange, le plus singulier. Il se dresse dans le paysage du jazz comme un mégalithe énigmatique. L'homme et la musique sont ici clos sur eux-mêmes. Il faut, pour pénétrer cet univers si particulier, avoir la sensibilité de l'artiste et la rigueur de l'analyste. C'est ce qu'a réussi Laurent de Wilde. Seul un musicien doublé d'un écrivain pouvait, de la façon la plus vivante, nous décrire un univers de psychopathe protégé, tout autant qu'analyser tel thème, tel solo, telle conclusion paradoxale. En connaisseur du terrain, il nous fait visiter les lieux, dévoile des passages secrets et nous remet la clef, une fois qu'on est entré.

  • Le projet du livre est de faire redécouvrir Sartre, aussi bien l'homme que ses oeuvres, à partir de documents qui appartenaient à Arlette Elkaïm et auxquels François Noudelmann a eu accès. Suivre Sartre avec sa fille adoptive permet d'aller bien au-delà d'un reportage biographique sur sa vie privée. Cette enquête éclaire des aspects méconnus de l'homme écrivain, son romantisme refoulé, son goût du tourisme, ses penchants pour la rêverie, ses moments dépressifs aussi bien que sa gaieté et ses pitreries. Elle incite à lire des textes souvent oubliés, tels que ses récits de voyages, ses descriptions poétiques des paysages italiens, ses rêves hallucinatoires... Sartre y est plus proche de Stendhal que de Marx. Il ne s'agit pas de casser l'image d'un Sartre engagé politiquement, ce qu'il fut bel et bien jusqu'à la fin de ses jours, mais plutôt de montrer la compatibilité, voire l'étanchéité de plusieurs vies. Sartre n'investissait pas forcément toute sa personne lorsqu'il défendait des thèses et il se réservait des pas-de-côté, voire des échappées. Dans ces retraits, le rôle d'Arlette fut à la fois sentimental et intellectuel, puisque Sartre lui accorda sa confiance pour gérer et éditer son oeuvre après sa mort, ce qu'elle accomplit avec probité. Il vécut grâce à elle des suspens anachroniques, au moment même où il s'engageait activement dans les débats de son siècle. Cette relation à la fois discrète et puissante conduit à extraire Sartre des controverses caricaturales sur son héritage politique, en proposant le portrait inattendu d'un être complexe et multiple.

  • Il existe un mythe de Molière édifié sur un monceau de légendes, approximatives, artificieuses, extravagantes : mari jaloux et malheureux ; d'humeur rêveuse et mélancolique ; versificateur maladroit ; acteur doué pour le seul jeu comique ; malade consumé par ses mauvais poumons...
    Des générations de biographes ont colporté ces fables qui composent encore aujourd'hui son portrait.
    Comment retrouver le vrai Molière, celui que ses contemporains ont connu et qui nous est largement dérobé ? Il ne subsiste de lui ni manuscrits ni lettres ni écrits intimes. Pour connaître au plus près la figure de l'homme, l'itinéraire de l'acteur, l'audace du directeur de théâtre, l'ingéniosité créatrice de l'auteur, il faut revenir aux témoignages méconnus, aux documents oubliés, aux traces matérielles - tout ce qui restitue, souvent par effraction, les travaux et les jours de l'homme, la vie d'une famille hors norme, les tribulations d'une troupe d'exception, la séduction de l'artiste-courtisan devenu le favori de Louis XIV, et qui éclairent les fulgurances du plus grand auteur comique occidental.
    Georges Forestier tente de se glisser dans l'intimité du créateur. Il en reconstitue la formation intellectuelle, révèle les secrets de fabrication de ses oeuvres et fait découvrir la logique qui préside à l'enchaînement des pièces en perpétuel renouvellement. Au fil des spectacles, à la Cour comme à la Ville, et d'un triomphe à l'autre, c'est le genre même de la comédie que Molière ne cesse de révolutionner. Voilà pourquoi cet alchimiste reste indéfiniment le contemporain de ses spectateurs et de ses lecteurs.

  • Si le nom d'homo sapiens ne convient pas très bien à notre espèce parce que nous ne sommes pas tellement raisonnables, si celui d'homo faber nous définit encore moins bien, car faber peut qualifier maint animal, ne pourrait-on pas ajouter à ces termes celui d'homo ludens, " homme qui joue ? " c'est ce que propose johan huizinga dans cet essai, oú il montre que le jeu est facteur fondamental de tout ce qui se produit au monde.

    Après avoir défini le jeu comme une action libre, sentie comme fictive et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d'absorber totalement le joueur - une action dénuée de tout intérêt matériel et de toute utilité, qui s'accomplit en un temps et dans un espace expressément circonscrits, se déroule avec ordre selon des règles données, dans une ambiance de ravissement et d'enthousiasme, et suscite, dans la vie, des relations de groupes s'entourant volontiers de mystère en accentuant par le déguisement leur étrangeté vis-à-vis du monde habitude -, johan huizinga montre la présence extrêmement active et féconde de ce jeu dans l'avènement de toutes les grandes formes de la vie collective : culte, poésie, musique et danse, sagesse et science, droit, combat et guerre.

  • Ce livre traite des dépressions que nourrit un deuil impossible de l'objet aimé et perdu. En déniant le lien universel qu'est le langage, le déprimé nie le sens qui, pour l'être parlant, est le sens de la vie. Athée radical, le dépressif reste cependant un mystique : rivé à l'affect, la douleur et les larmes sont pour lui le pays secret d'une beauté aussi inaccessible qu'entière.
    Le sublime naît dans la mélancolie. La preuve ? Holbein, minimaliste macabre. Nerval, le Prince noir. Dostoïevski, persuadé que la soufrance est le but suprême de l'humanité, appelant le pardon. Et Duras, la femme-tristesse, qui rend contagieuses les figures de la dépression féminine dévoilées ici à partir de quelques histoires dites sur le divan du psychanalyste.

  • La métaphore du théâtre est en psychanalyse, depuis l'invocation par anna o.
    De son " théâtre privé ", habituellement associée à l'hystérie. joyce mcdougall en généralise l'emploi : toute psyché est théâtre, tout " je " est répertoire secret de personnages oubliés, méconnus, en quête d'auteur et de drame, toute psychanalyse est une scène oú se répètent, se déploient et se transforment les scénarios inconscients. ces scénarios, l'auteur les découvre dans ce qu'elle nomme le théâtre de l'interdit, qui reste marqué par å'dipe, et le théâtre de l'impossible, modelé par narcisse.
    En fait ces deux modalités se conjuguent sans cesse. comme le montrent les nombreux cas ici analysés avec une acuité peu commune. plus que les névroses classiques, ce sont les formes les plus déroutantes de la psychopathologie que ce livre envisage théoriquement et cliniquement : la " sexualité addictive ", la " néo-sexualité " de la perversion, les " psychosomatoses " on encore l'" alexithymie ", incapacité d'exprimer et même de ressentir tout affect de plaisir ou de douleur.
    Autant de mises en acte violentes qui recouvrent, plutôt qu'elles ne l'excluent, une mise en scène complexe. c'est bien souvent quand les mots manquent que l'inconscient est le plus demandeur et quand le plateau paraît désert que la représentation, bouffonne ou tragique, est le plus traversée de bruit et de fureur.

  • " c'est le monde entier que je veux posséder ", écrivait sartre en 1940.

    Difficile entreprise que de raconter la vie d'un penseur aussi boulimique, d'un écrivain aussi polyvalent, d'un polémiste qui défia toutes les autorités et refusa - presque - tous les dogmes. difficile aussi de rendre compte de son emprise hégémonique sur les itinéraires culturels de notre siècle. d'autant que, malgré sa disparition, sa légende est déjà figée.
    Cet ouvrage constitue un événement culturel : l'intellectuel le plus représentatif du xxe siècle revit dans une biographie aussi rigoureuse qu'accessible.
    Une multitude de documents, de lettres, de témoignages inédits éclairent sous un jour nouveau toutes les facettes de ce " petit homme " qui fut le seul écrivain à refuser le prix nobel de littérature et que le général de gaulle qualifia un jour de " voltaire du xx siècle ".

  • « Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible, qu'un studio d'enregistrement ? Enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute - sans effort de projection, dans le médium -, deux ou trois heures durant, je lis les pages d'un livre. Le monde est alors celui de ce livre. Le monde est dans le livre. Le monde est le livre. Je confie à la voix le soin de me représenter tout entier. Les mots écrits et lus me tiennent lieu de parfaite existence. Alors d'autres voix encore se font entendre, dans la mienne. » Denis Podalydès convie les voix familières de ses grands-parents, parents et frères, celles de ses professeurs et des camarades, celles des acteurs qui l'ont marqué. Pour faire de cet autoportrait le récit de formation d'un comédien, qui fait vivre la voix des autres.

  • L'abbé de Rancé a vécu un deuil marquant : celui de sa maîtresse, la duchesse de Montbazon, grande libertine morte à l'âge de quarante-cinq ans. Bien des légendes courent autour de cet épisode, rapportées par Chateaubriand et par les chroniqueurs de la Trappe. Ce qui est certain, c'est que l'abbé a rompu brutalement avec ses pratiques hédonistes, s'est dépouillé de tous ses biens et a refondé l'ordre des Trappistes sur une règle d'une dureté inouïe.
    Michel Onfray, séjournant à l'abbaye de la Trappe, interroge l'étrange relation à la mort et à Dieu qui motive, encore aujourd'hui, le retrait du monde et l'extrême sévérité de la discipline que s'imposent les moines trappistes. Ce texte, d'une vitalité impressionnante, amène également Michel Onfray à évoquer ses propres deuils, celui de son père et celui de sa compagne, comparant les effets de la perte sur sa vie d'athée convaincu et sur celle d'un croyant forcené comme Rancé

  • Comme il l'avait fait précédemment avec Gauguin et Segalen aux Marquises, Michel Onfray a suivi les traces d'Artaud au pays des Tarahumaras. En 1936, « ethnologue halluciné », Artaud cherche au Mexique - et dans le peyotl - un remède à l'inéluctable décadence de l'Occident et de l'Orient civilisés (en même temps qu'à ses propres souffrances). Mais en vérité c'est en poète et non en scientifique qu'il voit le monde et transporte son corps, supplicié par une syphilis congénitale dont son père était frappé lui aussi. On sait assez peu de choses sur les conditions concrètes du voyage d'Artaud, devenu légendaire. Ce qui intéresse Michel Onfray, c'est de comprendre pourquoi cet esprit libre et souffrant s'intéresse au Popol-Vuh à une époque où seul Le Capital et Freud captivent l'intelligentsia. Artaud, en 1936, veut dépasser le marxisme et le surréalisme : « Je suis venu au Mexique chercher une nouvelle idée de l'homme ». Artaud qui rêvait de trouver dans les rites précolombiens un moyen de rédemption, est rentré chez lui les mains vides et le coeur brûlé au spectacle d'une civilisation anéantie par la chrétienté et la modernité.

    Quatre-vingts ans plus tard, Michel Onfray découvre à son tour ce qui reste des Tarahumaras et de leurs rites : un peuple acculturé, détruit par la tuberculose et l'électricité, vidé de sa mémoire, promis à la disparition - comme tant d'autres peuples « premiers » décimés par les conquêtes coloniales et religieuses.
    On retrouve ici la méthode de pensée de Michel Onfray, et sa ligne directrice : marcher sur les pas des grands réfractaires (Nietzsche, Segalen, Gauguin, Artaud - artistes, poètes, écrivains, philosophes), dans les lieux de leurs visions fondamentales et prolonger leur réflexion sur la décadence et la mort des civilisations. L'Occident chrétien, dit-il, a commencé par détruire les autres civilisations avant de s'auto-consumer. Nous pouvons contempler les traces de ses crimes, et nous sommes en train d'assister à sa propre fin.

  • «Source d'inspiration pour les tâcherons du savoir, exemple de sagesse froide - ni la mesure de Tocqueville ni l'indignation tempétueuse de Marx -, l'oeuvre de Thorstein Veblen apprend à discerner, au-delà de l'accoutumance à la vie quotidienne, la comédie humaine, la rivalité puérile des adultes en quête d'argent, de gloire et de prestige, jamais capables d'atteindre un but qui fuit à mesure qu'ils en approchent puisque ce but se définit non pas en soi mais par rapport aux conquêtes des autres.» Raymond Aron.

  • M. D. - Il y a une chose que vous avez dû oublier. Et dont moi qui oublie tout je me souviens de façon lumineuse : c'est la première fois qu'on s'est vus, ici, dans cet appartement. C'était tard dans la soirée, vous étiez deux. Vous vous êtes assis devant la cheminée du salon, de part et d'autre d'un poêle, de ceux qui étaient faits avec des vieux barils à huile et dans lesquels on brûlait du papier journal compressé en boulets. Je ne sais plus si je vous ai donné quelque chose à manger. Il y avait Mascolo. Vous avez parlé ensemble tous les trois, mais très peu. Et tout à coup vous avez fumé, et la pièce a été envahie par l'odeur de la cigarette anglaise. Il y avait trois ans que je n'avais pas senti cette odeur.
    Les cinq entretiens entre Marguerite Duras et François Mitterrand publiés ici ont été réalisés de juillet 1985 à avril 1986. Parus à l'époque dans L'Autre Journal, les voici aujourd'hui réunis, enrichis de notes et de témoignages qui en éclairent le contexte.

  • Jamais n'a été proposé une visite aussi particulière, aussi étonnante : à l'intérieur de la Comédie-Française sont disposées - sur trois étages - quarante loges réservées aux soixante sociétaires et pensionnaires de la troupe. Une même clé ouvre toutes ces loges qui chacune raconte une histoire de théâtre, de scène, de mots de Molière et d'autres auteurs, de rythmes, de scansions et de phrasés. Avant-propos par Éric Ruf et Alain Borer (sous réserve).

    Ajouter au panier
    En stock
  • Un grand-père intégriste, un père qui taquine la plume, une petite bande, rue du Château. Le théâtre, avec le Groupe Octobre, jusqu'au Front populaire.
    Le cinéma avec ses amis, son frère Pierre, avec Carné, Grémillon - déjà les décors de Trauner et la musique de Kosma -, l'humour et la poésie au cinéma, de Drôle de drame au Quai des brumes et aux Enfants du paradis.
    La guerre, «Oh Barbara». Puis la poésie, toute seule, mais qu'on chante déjà :
    Paroles de Jacques Prévert, la légende du XXe siècle.

  • Fils et père d'acteurs, acteur et auteur lui-même, zeami naît au japon en 1365.
    Il meurt octogénaire après avoir composé de nombreux nô et, quarante années durant, rédigé de nombreux traités sur son art, afin qu'ils soient transmis secrètement à un homme par génération. découverts en 1909 après cinq siècles d'occultation, les voici enfin traduits en occident. l'esthétique du nô, les recettes et les trucs du métier d'acteur nous sont enfin dévoilés. pour illustrer ces traités, m.
    Sieffert, à qui nous devons déjà les contes de pluie et de lune, a traduit également les cinq nô et les quatre farces intercalées qui composent, selon les normes japonaises, une journée de nô automnal. en pesant les mots, nous affirmons que voici l'une des plus importantes contributions de ce siècle au trésor de l'humanisme universel. outre que les traités de zeami nous apprendront enfin à voir et à lire un nô, ils nous aideront à nous purger de la " japoniaiserie " et nous rendront le sens de la vraie dramaturgie.
    Les jeunes japonais ont déjà compris : depuis 1945 ils reviennent au nô. un jour, peut-être, on écrira que le renouveau de la dramaturgie européenne date de 1960, année oú m. sieffert révéla aux français la tradition secrète du nô. brecht ? soit ; mais zeami, comment donc !.

  • Il faut s'en alarmer : la culture est aujourd'hui attaquée dans tous ses territoires. Arts plastiques, littérature, cinéma, musique... Au nom des bonnes moeurs, de la lutte contre le racisme ou la souffrance animale et autres nobles causes, des ligues de vertu du troisième millénaire et des citoyens ordinaires manifestent, agissent auprès des élus, pétitionnent sur les réseaux sociaux, toujours pétris des meilleures intentions.

    Sous des prétextes apparemment légitimes, le principe de liberté d'expression, avec ses limites communément admises (racisme, antisémitisme...), subit d'incessants coups de boutoir.
    Il existe pourtant des solutions médianes, permettant de concilier le devoir de mémoire, le respect de l'égalité entre les citoyens, le droit des minorités, avec l'amour de l'art et de la liberté.
    La clé est sans doute dans la pédagogie, le développement d'appareils critiques repensés.
    Il est urgent d'analyser ce que dénonce cette nouvelle morale en forme de censure, de dire par qui elle est pensée et activée, d'où elle vient, quels intérêts elle sert, de montrer ses limites et ses paradoxes. Nous devons préserver la culture de ces revendications qui fusent à la vitesse d'un tweet.

    Ce court essai n'est ni un livre de droit, ni un pamphlet, ni un cours de morale. C'est un précis concret, pratique, illustré d'exemples, objectif autant que possible, destiné à tous ceux qui veulent comprendre ce mouvement, afin de les outiller intellectuellement pour défendre la liberté d'expression et la culture menacées.

  • Les cours de lee strasberg à l'actors studio ont tous été enregistrés.
    Robert h. hethmon - directeur du centre de recherche théâtrale du wisconsin - avait obtenu de lee strasberg la permission de réunir en un volume certains de ses cours les plus marquants. son choix ingénieux nous permet de constater que, bien que strasberg ait une façon très systématique d'aborder la formation de l'acteur, il n'y a pas de règles établies, pas de " méthodes ", contrairement à ce que l'on croit en général.
    Sa passion pour la psychologie de l'individu, son art de s'adapter à la personnalité de chacun et sa profonde connaissance de l'être humain apparaissent à chaque page de ce livre, passionnant non seulement pour les acteurs et les metteurs en scène, mais pour tous ceux qu'intéressent l'art théâtral et la psychologie de l'homme.

  • Sosie ou fantôme, mannequin ou icône, qu'est-ce que le personnage de théâtre ? contrairement au comédien chargé de l'incarner, il n'a guère été étudié jusqu'ici : c'est à quoi s'emploie ce livre, qui va constamment des oeuvres à leurs représentations, des théories aux pratiques scéniques, de l'acteur au spectateur.
    Dans une traversée de l'histoire du théâtre, conduite d'un point de vue original, robert abirached aide à comprendre le difficile parcours de la figuration à la défiguration qui a marqué, depuis un siècle, la scène occidentale.
    Notre société a-t-elle encore besoin de l'entremise du personnage pour se représenter, alors qu'elle se donne directement en spectacle à elle-même dans une omniprésente exhibition ? cette question, si elle concerne d'abord le théâtre et son avenir parmi nous, met en jeu le statut même de l'image dans le monde moderne, en délicate balance entre l'imaginaire et le réel.

  • Comédien, auteur de pièces et d'opérettes, journaliste et écrivain, Sacha Guitry (1885-1957) fut aussi un photographe, un dessinateur et un publicitaire de talent. Cinéaste original et inventif, revendiqué par la Nouvelle Vague, il s'est intéressé très tôt aux nouveaux médias que sont la radio et la télévision. Paradoxe d'un artiste façonné par l'esprit 1900, mais qui sut prendre au XXe siècle ce qu'il avait de plus moderne.
    Marié à cinq reprises, Guitry n'a jamais cessé de gommer la frontière entre sa vie sur les planches et sa vie privée, s'inspirant de celle-ci pour une grande part de ses pièces et de ses films.
    À l'exemple de son père, Lucien Guitry, l'un des plus grands acteurs de la Belle Époque, il côtoie hommes d'État, intellectuels et artistes de son temps. Porté à l'admiration et à la révérence, croyant au génie de la France, il conserve les traces de tous ses « grands hommes » dans la collection qu'il rassemble en son hôtel particulier de l'avenue Élisée-Reclus.
    À travers les contributions d'une vingtaine d'auteurs d'horizons divers et un corpus iconographique de deux cent cinquante documents inédits, ce catalogue d'exposition fait revivre une oeuvre éclectique, nourrie d'une curiosité encyclopédique.

  • Le théâtre des idées, publié initialement en 1991 dans la collection Le Messager, témoigne du geste éditorial accompli, il y a vingt-cinq ans, dans l'urgence de la disparition brutale d'Antoine Vitez. Ses amis Georges Banu et Danièle Sallenave savaient l'importance qu'accordait au livre l'homme de théâtre qu'il était et, en procédant au recueil de ses textes essentiels - notes, journaux, entretiens -, ont alors eu la volonté de condenser sa pensée, de la préserver dans son intensité, de lui donner la chance de se constituer en référence pour les gens de théâtre à venir. Le théâtre des idées bénéficie aujourd'hui d'une réédition dans la collection « Pratique du théâtre » et s'inscrit ainsi dans la lignée de la scène française à laquelle Vitez aimait s'associer : Copeau, Jouvet, Vilar.Ce livre restitue la manière propre à Antoine Vitez d'intervenir sur la scène artistique et politique. Ses textes prouvent l'attrait double du monde et du théâtre : il voulait vivre, jouer, écrire, intervenir, partout, inlassablement. L'écrit le consolait de l'éphémère. Le théâtre des idées, c'est le legs, encore vivant, que nous livre cet héritier des Lumières, ce penseur du théâtre toujours en alerte, ce Diderot des temps modernes.Anthologie proposée par Danièle Sallenave et Georges Banu

empty