Seuil

  • "Peter Brook n'est pas seulement un metteur en scène et pas seulement un théoricien, même pragmatique, du théâtre. Sans l'avouer, du moins dans ce livre, il a de plus grandes ambitions. Le théâtre est pour lui, à coup sûr, une fin. Mais il est aussi le moyen de fonder et d'entretenir une communauté d'hommes et de femmes capables de porter atteinte, par leur seul exemple, à un ordre établi, d'apporter une inquiétude et un bonheur que d'autres arts du spectacle, trop dépendants des forces économiques qu'ils pourraient dénoncer, ne peuvent faire éclore.

    Voici un livre indispensable à ceux qui aiment le théâtre et à ceux qui ne l'aiment pas. A ceux qui en font et à ceux qui y assistent. Car il y est autant question du public que des interprètes, acteurs ou metteurs en scène, grâce auxquels le théâtre, écrit ou non écrit, peut vivre." Extraits de la préface de Guy Dumur.

  • Depuis quelques années, la question resurgit avec force : peut-on séparer l'oeuvre de son auteur ? Du Nobel attribué à Peter Handke aux César à Roman Polanski, sans parler du prix Renaudot à Gabriel Matzneff, le débat fait rage. De même, le passé nazi de grands penseurs du XXe siècle, à commencer par Heidegger, trouble notre appréciation de leur legs, tandis que l'inscription d'un Céline ou d'un Maurras au livre des commémorations nationales a suscité une âpre querelle.
    Faut-il considérer que la morale des oeuvres est inextricablement liée à celle de leurs auteurs ? Et bannir les oeuvres lorsque leur auteur a fauté ? Loin de l'invective, ce court essai entend mettre en perspective, historique, philosophique et sociologique, cette question, en analysant les prises de position dans ces « affaires ». Mais loin du « tout se vaut », il tranche, offrant à chacun les moyens de cheminer intellectuellement sur un terrain semé d'embûches.

  • « Pendant des années, j'ai eu une vie sociale et la facilité avec laquelle je rencontrais les gens ou je leur parlais se reflétait dans mes livres. Jusqu'à ce que je connaisse un homme, et peu à peu, toute cette mondanité a disparu. C'était un amour violent, très érotique, plus fort que moi, pour la première fois. J'ai même eu envie de me tuer, et ça a changé ma façon même de faire de la littérature : c'était comme de découvrir les vides, les trous que j'avais en moi, et de trouver le courage de les dire. La femme de Moderato Cantabile et celle de Hiroshima mon amour, c'était moi : exténuée par cette passion que, ne pouvant me confier par la parole, j'ai décidé d'écrire, presque avec froideur. » Entre 1987 et 1989, après le succès foudroyant de L'Amant qui fait d'elle un écrivain mondialement reconnu, Marguerite Duras se confie en toute liberté à une jeune journaliste italienne sur sa vie, son oeuvre, son obscurité, puis sa gloire, la politique, la passion. Ce dialogue a paru une fois en langue italienne et avait disparu, ignoré des admirateurs de Duras qui vont ici réentendre sa voix.

  • Ce que Racine exprime immédiatement, c'est donc l'aliénation, ce n'est pas le désir. Ceci est évident si l'on examine la sexualité racinienne, qui est de situation plus que de nature. Dans Racine, le sexe est lui-même soumis à la situation fondamentale des figures tragiques entre elles, qui est une relation de force.Le sexe est un privilège tragique dans la mesure où il est le premier attribut du conflit originel : ce ne sont pas les sexes qui font le conflit, c'est le conflit qui définit les sexes.Roland Barthes (1915-1980)Écrivain, critique, essayiste, Roland Barthes a élaboré une pensée critique singulière en constant dialogue avec les discours théoriques de son temps et en rupture avec les discours institués. La formidable querelle entre Anciens et Modernes qui suivit la publication du Sur Racine en 1963 atteste le rôle fondamental qu'il joua au sein des grandes ruptures opérées par la pensée contemporaine. Il est notamment l'auteur du Degré zéro de l'écriture (1953) et de Fragments d'un discours amoureux (1977).

  • Plus ancien théâtre d'Europe encore en activité, la Comédie-Française associe de façon organique une troupe, un répertoire joué en alternance et un espace de création permanents dans un établissement marqué par son exceptionnelle pérennité. Son histoire se mêle intimement à celle des spectacles en France. Emblématique des relations privilégiées autant qu'ambivalentes entre théâtre et État-nation, celle qu'on appelle la «maison de Molière» alors qu'elle naît sept ans après la mort de son «saint patron» - a toujours été investie d'une double vocation: identifier, à chaque époque, parfois avec retard, les innovations artistiques émergentes, tout en valorisant un patrimoine littéraire qui ne cesse de s'enrichir.

    Glorifiée comme le sanctuaire de la consécration, elle est parfois dénigrée pour cette même raison. Elle est longtemps appelée «Théâtre-Français», en référence à son rôle symbolique aussi bien pour la politique culturelle nationale que son rayonnement dans le monde. Elle offre ainsi un poste d'observation sans équivalent du rapport entre culture et pouvoir. Forte aujourd'hui de ces quatre cents employés issus de plus de soixante-dix professions, elle permet une plongée unique dans un ensemble de cultures de métiers relevant de l'artisanat d'art: scénographie, décors, costumes, machinerie, régies, accessoires...

    Cet ouvrage retrace les grandes phases de l'histoire politique, administrative, juridique, artistique, technique, sociale et économique d'une institution très présente dans l'imaginaire culturel des Français comme des étrangers. Il s'appuie sur un exceptionnel fonds d'archives, conservées depuis sa fondation en 1680, et de nombreuses oeuvres émanant de peintres, sculpteurs, architectes, comédiens ou metteurs en scène. Richement illustré de plus de 240 documents, pour partie inédits, il articule de manière originale les regards croisés de la conservatrice-archiviste et de l'historien du théâtre. Il vise un public étendu, allant des spectateurs de théâtre et des étudiants aux amateurs d'art et d'histoire.

  • Denis Podalydès dévoile dans Scènes de la vie d'acteur les secrets et les paradoxes du comédien. Des planches de théâtre au plateau de cinéma, voici la preuve obstinée et humble d'une expérience dont on mesure déjà la rareté. L'auteur se prend au jeu de son propre métier et prolonge la réflexion grâce à des notations concrètes sur le temps, le jeu, l'espace, la mémoire, l'incarnation
    qui est au coeur même de son existence. Avec humour, avec aussi parfois beaucoup de gravité, de Paris à Moscou - où La Forêt d'Ostrovski est montée avec succès -, Denis Podalydès fait la preuve de son talent d'acteur et s'ouvre de belle manière à la littérature.

  • Dans ce livre, Peter Brook explore son rapport à Shakespeare, à travers ses diverses expériences de lecteur, de metteur en scène débutant confronté à ce monument de la culture occidentale, puis de créateur aguerri et internationalement connu. Par quelques évocations biographiques, il nous conduit au coeur de l'originalité et de la force du dramaturge : comment mêle-t-il tous les registres, comment introduit-il le poétique dans la psychologie ou la politique, et quels problèmes son texte pose-t-il au metteur en scène d'aujourd'hui ?

  • La politique, dit-on, serait en crise du fait de l'inadéquation de nos représentants à la réalité qu'ils sont censés représenter : la fameuse "coupure" entre le peuple et ses élites témoignerait au premier chef de ces troubles dans la représentation. Myriam Revault d'Allonnes prend, en philosophe, le contre-pied d'une approche de la "représentation" qui, dit-elle, réduit à tort cette notion à sa dimension juridico-politique.
    Revenant aux sources de la "représentation" (arts visuels, théâtre), puisant aux deux grands paradigmes de la mimesis, la peinture et le théâtre, en compagnie de Platon et d'Aristote, cet essai interroge - au travers de l'élaboration de la notion de "représentation politique" (Hobbes, qui mobilise la métaphore théâtrale), de sa critique radicale (Rousseau, qui récuse la représentation et dénonce le simulacre du théâtre au nom de la "transparence") et jusqu'aux débats actuels sur la supposée "crise de la représentation" - la question de l'exercice de la souveraineté.
    Au terme de l'exploration, surprise : il apparaît que le lien représentatif moderne est fondamentalement lien de séparation. Et que c'est une illusion de penser que la représentation est susceptible de "figurer" de manière adéquate la réalité. Mais alors, que reste-t-il aux citoyens pour donner corps à la souveraineté politique ? La délibération, la discussion, la contestation, répond l'auteur, toutes modalités d'action non électives qui se donnent à voir et ne s'exercent que dans la non-coïncidence à soi.
    Alors s'ouvrent de nouvelles et riches perspectives à la représentation dans l'espace du politique, mais une représentation placée dès lors sous le signe de la re-configuration - et non celui de l'impossible figuration.

  • Voilà, c'est un récit sur mon métier, sur moi qui joue, enfin, comme si c'était moi, sur ce que ça fait au-dedans et au-dehors de soi de jouer comme ça des mots d'ailleurs et de les faire siens...
    Et puis c'est un métier qui pousse à dire, à faire et à vivre, un pousse au crime de métier,.. Alors j'ai écrit un peu partout depuis tout le temps parce que ça devait déborder un peu de joies et de peines. Journal de bord de la Comédie-Française, poèmes, notes de tournages, etc. Pour essayer de saisir des petits bouts de vrai dans ce métier en trompe-l'oeil parce que Conan laisse des cicatrices dans la bouche, Henri V des épingles à nourrice dans les bras, Ça commence aujourd'hui des poux dans le coeur.
    Et puis les acteurs sont des animaux étranges qui s'inventeraient une neige pour y laisser une trace de toute façon.

  • Ce livre s'adresse à ceux qui ont décidé de travailler leur voix.
    Ceux qui veulent chanter, mais aussi ceux qui ont besoin de parler beaucoup, longtemps et fort dans le cadre de leur travail avocats, professeurs, acteurs, hommes politiques. ils y trouveront cent exercices progressifs pour huit semaines de travail, suivis par un guide pour le troisième mois ainsi qu'une partie théorique détaillant l'essentiel du fonctionnement vocal. trouver sa voix est un livre pratique qui nous aide à accepter que, plus encore qu'un instrument vocal, c'est nous-mêmes que nous construisons.

  • Le Monde en détails révèle, en une suite de courts chapitres, comment l'art de la scène, mieux que toute autre forme de représentation, nous permet de déchiffrer le monde, d'en déplier la complexité et de le rendre intelligible par les voies de la sensibilité. Un objet, un accent, un geste, un rire, une image, un plaisir, une colère, un mot, un bâillement, un cri : ce livre suppose que le monde est à portée de main par la grâce ou la puissance d'un détail. Il prend au sérieux cette idée pas si folle que tout spectacle me parle, et qu'il n'est pas si difficile de l'entendre. Née principalement du théâtre, cette expérience peut alors s'étendre à tout autre art, au gré du lecteur...

  • Le nom de Musil (1880-1942) est rattaché à L'Homme sans qualités, ce grand roman faisant notamment le tableau de la disparition d'une civilisation. Mais Robert Musil n'est ni l'homme d'un seul livre, ni simplement le peintre du délitement d'un empire austro-hongrois auquel il donna le nom de Cacanie. La poétesse Ingeborg Bachmann rappela que l'auteur de L'Homme sans qualités avait voulu « faire bien plus qu'écrire un roman, bien plus que raconter l'histoire d'une Cacanie déclinante, et bien plus qu'élaborer une critique des idées de l'époque ». Musil pensait en effet que des possibilités d'accomplissement ignorées s'offraient à l'individu, et il chercha, à travers chacun de ses livres, à s'en approcher. Il y a une utopie intime musilienne, d'un grand potentiel subversif. Afin de la mettre à jour, cette biographie dresse le portrait d'un homme fascinant à maints égards, maître et serviteur de son ouvre jusqu'à l'oubli radical de soi ; elle restitue un itinéraire à cheval sur deux siècles, ainsi que la genèse et la création d'une ouvre qui fut écrite littéralement envers et contre tout, à une époque de catastrophes.

    En s'attachant à souligner l'extrême modernité de cette démarche (l'antidote parfait aux idéologies du déclin et au présentisme qui nous encombrent jusqu'à l'asphyxie), son humour terrible aussi, ce livre invite à découvrir un regard, une pensée, d'une acuité inouïe, qui se révèlent d'un précieux secours pour faire face à notre temps saturé de discours économiques et identitaires négateurs de toute idée d'accomplissement.

  • Beckett

    Didier Anzieu

    • Seuil
    • 5 Février 2004

    À l'instar de Beckett inventant le Nouveau Roman, Anzieu renouvelle l'approche psychanalytique des oeuvres. Son ouvrage participe de l'essai, de l'observation clinique, du livre de bord, du pastiche, de la biographie, de l'hommage. Il se présente comme une défense et illustration tantôt de la lecture, tantôt de l'écriture. Ce n'est pas seulement un livre sur Beckett. Ce n'est pas non plus le livre que Beckett n'a pas pu faire sur luimême. C'est le journal d'un psychanalyste qui compose un livre sur l'auteur qui le fascine depuis près de quarante ans.

  • " Depuis le XVIIe siècle, le théâtre ne s'adresse qu'à une seule classe : c'est un théâtre essentiellement bourgeois.
    Le propre d'une oeuvre forte est de s'adresser à l'humanité entière. Il n'y a pas de chef-d'oeuvre pour dix personnes et vingt pédants. " Cette déclaration provocatrice de Firmin Gémier vient saluer la création du Théâtre national populaire, qu'il inaugurera le 11 novembre 1920 en tant que directeur. Et qu'il s'agisse de Jérôme Savary, avec la même verve et un égal plaisir du jeu, d'Antoine Vitez, intellectuel et homme de scène scrupuleux défendant l'aidée d'un " théâtre élitaire pour tous ", ou de Jean Vilar et son " théâtre service public ", ceux qui se succéderont à la tête du Théâtre national de Chaillot ne diront jamais autre chose : le théâtre doit être partagé par tous.
    Cette fidélité aux principes fondateurs du théâtre populaire serait anecdotique si elle n'avait donné lieu à l'une des aventures théâtrales majeures de ce siècle.
    C'est cette histoire que relate Colette Godard. Accompagné d'une iconographie abondante et variée, ce récit est éclairé par les interviews de quelques-unes des personnalités qui auront contribué à la légende de ce lieu - de Christiane Minazzoli et Didier Sandre à Yannis Kokkos et Michel Dussarrat, qui démontrent que cette histoire fut écrite avant tout par des hommes et des femmes d'exception.

  • Depuis sa mort en 1994, nul homme de théâtre ne fut plus complet que Jean-Louis Barrault. Né en 1910, il y a tout juste un siècle, il découvre la scène pendant l'âge d'or des années 1930. Successivement et simultanément jeune fauve du cinéma d'avant-garde, « comédien-français », vedette de cinéma, directeur de compagnie, baladin international, mime, il se fait tantôt servant de la tradition, tantôt provocateur de la modernité - comme lors de l'occupation en mai 1968 de son fameux Théâtre de l'Odéon, dont il sera chassé.

    Il a été, avec sa femme Madeleine Renaud, le disciple, l'ami ou l'interprète de tout ce que la vie artistique française a connu d'important jusqu'aux années 1970, de Dullin à Artaud, du surréalisme à Claudel, de Gide à Camus, de Sartre à Genet, mais aussi des peintres et des musiciens, des poètes et des danseurs...

    Sa vie est à l'image de ce répertoire richissime dont il fut, en alternance, l'interprète ou le metteur en scène. Il en fait ici le récit, avec une grande liberté de ton et d'effets, revenant sur les réussites ou les enjeux - ce sont les confessions d'un créateur. Mais il en dit aussi les difficultés et les incertitudes - et c'est le journal de bord d'un artiste accompli : celui d'un homme « qui se passionne pour tout et qui ne tient à rien ».

  • R/b. roland barthes

    Collectif

    • Seuil
    • 15 Novembre 2002

    Publié à l'occasion de l'exposition " Roland Barthes " présentée au Centre Pompidou du 27 novembre 2002 au 10 mars 2003, ce livre propose un ensemble de documents inédits provenant des archives Roland Barthes conservées à l'IMEC, notamment le début du premier carnet du Voyage en Chine et les notes préparatoires du Roland Barthes par Roland Barthes.
    On y trouvera aussi de nombreuses encres et aquarelles de l'auteur montrées pour la première fois, un cahier de photographies issues de ses archives ainsi qu'un portfolio de certaines des oeuvres présentées dans l'exposition.

  • Points de suspension.
    Avec son premier livre, L'Espace vide, publié à Londres en 1968, Peter Brook avait tracé le cadre du formidable travail de mise en scène théâtrale auquel il s'était livré dès la fin des années quarante, en abordant très jeune l'oeuvre de Shakespeare, au coeur même du théâtre occidental, à Stratford-sur-Avon. Points de suspension ouvre un débat plus vaste. Entre le titre original, The Shifting Point, et le titre français, tout semble déjà suggéré de cet état d'interrogation permanente qui définit le rapport essentiel entre l'acteur et le spectateur.
    Dans ce livre, Peter Brook parle des problèmes quotidiens du metteur en scène, des personnalités qu'il a rencontrées au long des années, du cinéma, de l'opéra, de la création d'un groupe d'acteurs de dix-sept pays, de leurs voyages à travers le monde et des créations aux Bouffes du Nord, de Timon d'Athènes au Mahabharata. La présente édition française a été augmentée d'un chapitre inédit consacré aux répétitions de La Tempête.
    L'ensemble porte témoignage de l'une des grandes aventures théâtrales de notre temps.

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