Sciences humaines & sociales

  • Bals populaires, danses orientales ou africaines, rave- parties : depuis quelques années, nos contemporains semblent redécouvrir le plaisir de danser.
    Le phénomène est massif, populaire, anonyme. Héritées de la tradition ou bien transculturelles, ces « nouvelles danses » s'inventent ou se pratiquent dans les banlieues, les rues, les boîtes de nuit, loin de l'univers des danseurs professionnels.
    Pourquoi ce besoin de danser ? Est-ce une simple recherche de liberté, de griserie, de fête et, parfois, de transgression ? Ne faut-il pas y voir plutôt un retour à des formes primitives, la manifestation d'un désir de transe ? Et aussi l'expression d'une utopie, celle d'une société planétaire, organiquement fraternelle et festive ?

    France Schott-Billmann est psychanalyste et danse-thérapeute, elle enseigne la danse-thérapie au master d'art-thérapie à l'université Paris-Descartes. Elle est auteur de deux ouvrages aux éditions Odile Jacob : Le Féminin et l'amour de l'autre, La Thérapie par la danse rythmée.

  • Le « genre » fait couler beaucoup d'encre depuis quelques années. Le mot circule. Il est parfois objet de rejets violents : « touche pas à mes stéréotypes » proclamaient récemment les adversaires d'une prétendue « théorie du genre », dont l'impact dans les milieux culturels est loin d'être nul, puisque plusieurs spectacles traitant des stéréotypes féminins et masculins ou de l'homosexualité ont récemment été déprogrammés. Le terme est aussi revendiqué par une frange de la danse contemporaine depuis la seconde moitié des années 1990. Les spectacles s'affi chant « genre » ou queer, revendiquant une déconstruction des normes, des identités, tantôt dites sexuées, tantôt dites sexuelles, se sont multipliés, au point de défi nir un nouveau « genre », spectaculaire celui-ci, bien intégré dans l'avantgarde.
    Le genre est aussi à la mode. « C'est bien ancré dans l'air du temps : les jeux de genre font partie de notre quotidien » écrivait la critique de danse Rosita Boisseau dans Télérama. Mais le genre est-il un jeu, ou une esthétique ?
    Si le mot circule, les défi nitions du genre sont souvent bien fl oues et ses emplois multiples, contradictoires. Il suffi t parfois qu'un spectacle présente des corps nus, ou du travestissement, pour être salué par la critique (ou bien condamné), comme ayant une thématique genre. Par ailleurs, contrairement aux pays anglo-saxons, ce n'est que très récemment en France que les recherches dans les domaines des arts vivants ont commencé à s'ouvrir, un peu, et non sans résistances, aux études de genre. Il était donc nécessaire de clarifi er ce que le genre veut dire, et d'examiner ce que ce concept - car ce n'est ni une théorie, ni une idéologie, mais un concept, c'est-à-dire un outil pour penser - nous apporte pour comprendre la danse, son histoire, ses pratiques, les productions, diffusions et réceptions de ses spectacles ; pour chercher à comprendre aussi en quoi la danse participe à la transmission et à la légitimation de certaines normes sociales, et en quoi elle peut participer à leurs évolutions.

  • Actrice et décoratrice de théâtre, costumière, danseuse, chorégraphe, inventeur de dispositifs techniques et créatrice d'effets scéniques, éclairagiste, impresario et cinéaste, l'Amé- ricaine Loïe Fuller (1862-1928) a révolutionné le spectacle vi- vant et ouvert la voie à la danse moderne.
    Jouant avec des projections lumineuses polychromes sur un costume en voile dont elle maniait les pans au moyen de longues tiges portées à bout de bras, Loïe Fuller réalisa des scénographies virtuoses dont la radicalité fit l'effet d'un coup de tonnerre, influençant pêle-mêle peintres, sculpteurs, illustra- teurs, écrivains, stylistes et publicitaires.
    Tout autant que le tracé d'un itinéraire hors du commun qui la hissa au rang de mythe, ses Mémoires dressent un ta- bleau vivant et coloré de la vie artistique parisienne à l'aube du XX e siècle.

  • Le moi est aujourd'hui solidement ancré dans un corps auquel est portée la plus grande attention. Cette perception « physique » intérieure n'a pas toujours existé. Elle est née de lentes transformations engageant la manière même dont le sujet se perçoit. Les discours médicaux, la littérature comme les expériences concrètes, pratiques sportives ou de loisir, les révèlent.
    Jusqu'au XVIIIe siècle, la sensibilité traditionnelle privilégiait les cinq sens - la vue, l'odorat, le gout, l'ouïe, le toucher -, tenus pour de simples messagers de l'âme, des vigies tournées vers l'extérieur. Le moi était circonscrit à la pensée et à l'esprit : « je pense, donc je suis ».
    C'est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle qu'apparaît, dans les textes de Diderot ou de l'Encyclopédie, l'idée d'un sixième sens pour désigner les perceptions internes du corps. Cette conscience inédite du corps s'exprime dans des notions nouvelles comme celle du sentiment de l'existence. Le corps coïncide avec le moi : véritable révolution de la perception de soi, qui s'exprimera bientôt abondamment dans les journaux intimes.
    Le XIXe siècle approfondit ces réflexions en s'interrogeant sur le rêve, la folie, l'effet des drogues, le somnambulisme. Le début du XXe siècle introduit plus qu'on ne le croit à la culture d'aujourd'hui : de la relaxation aux exercices de prise de conscience, de la détente au vertige, la conscience corporelle devient un lieu de vertige autant que d'approfondissement de l'intime.
    Un parcours fascinant à travers l'histoire des représentations de l'intime.

  • Angelin preljocaj

    Freschel/Delahaye

    Il est un des chorégraphes majeurs de la danse contemporaine française.
    Son oeuvre, interprétée par les plus grandes compagnies du monde, demeure cependant, comme son nom, empreinte de mystères. angelin preljocaj, qui a passé les frontières des balkans dans le ventre de sa mère, a vu le jour dans un univers doublement étranger, séparé dans le même temps d'un pays et d'un corps d'origine. mais il n'a pas oublié ces mondes inexplorés derrière ceux qu'il fait danser se profilent toujours des fantômes étranges que lui seul semble voir.
    Avec guy delahaye nous avons à notre tour marqué ces contours vagues, en les nommant, en les fixant sur la pellicule. afin qu'après d'éphémères spectacles quelques traces subsistent, nettes, de ces mondes entrevus juste avant l'exil. agnès freschel.

  • Pour comprendre ce qui s'apprend « par corps », Sylvia Faure analyse les pratiques d'enseignement de la danse et les configurations sociales qui les rendent possibles.

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