Xavier Barral

  • India

    Harry Gruyaert

    Durant plus de trente ans Harry Gruyaert a sillonné la péninsule indienne. Pour la première fois, cet ouvrage rassemble environ 150 photographies, pour la plupart inédites, qui racontent une Inde à la fois intemporelle et moderne.

    Ces images témoignent de la singularité du photographe : de son intérêt pour le récit, l'espace public et les scènes inattendues. Gruyaert dit avoir besoin de voyager pour ressentir le monde et l'exprimer en images. Du Gujarat au Kerala, il a saisi une certaine quintessence de ce pays aux multiples légendes. Rues grouillantes d'activités de New Delhi ou de Calcutta, modestes villages du Tamil Nadu ou du Rajasthan, ghats des grandes cités religieuses de Bénarès ou de Varanasi... Des femmes en sari safran et pourpre battent le grain, des teinturiers s'activent dans des cuves fumantes, un campement de bergers nomades s'organise dans la lumière crépusculaire... L'air est saturé de couleurs, de lumière, de bruits, parfois de silence aussi. « La couleur doit être primordiale », précise Gruyaert, elle restitue une perception émotive, donne une vision graphique du monde. Les atmosphères aux subtiles variations chromatiques dressent un tableau contrasté et à rebours de tout exotisme. Loin des stéréotypes, ces images donnent à voir la pluralité de l'Inde au fil des années et des événements politiques du pays. « Faire une photo, c'est à la fois chercher un contact et le refuser, être en même temps le plus là et le moins là », dit le photographe.
    Il s'agit de faire surgir l'émerveillement, de saisir ce qui caractérise le lieu. La recherche de densité dans le cadre fait de la photographie une expérience physique. Expérience qui s'incarne particulièrement ici, dans ce voyage multi sensoriel en Inde.

  • C'est en 1965, sept ans après un séjour de quatre mois à Londres, qu'il écrivait dans une brève introduction à son livre El rectangulo en la mano : « c'est au fond de moi que je cherche les photographies, lorsque, l'appareil à la main, je jette un oeil au dehors ; je peux consolider ce monde de fantômes lorsque je rencontre quelque chose qui résonne en moi. » Ce nouvel ouvrage en est la preuve tangible. Il fait suite au premier publié en 1999 par Hazan qui tenu lieu de « premier jet » avant que Sergio Larrain n'y fasse quelques retouches, alors que nous lui avions suggéré de nombreuses photos oubliées, qu'il n'avait d'abord pas considérées.

    Le photographe chilien a été retenu dans l'histoire du médium essentiellement pour son oeil acéré et brillant certes, mais surtout pour les images de Valparaiso. Le corpus photographique réalisé pendant les quatre mois de cette résidence à Londres durant l'hiver 1958-1959 constitue le premier essai d'importance du photographe, qui devait ainsi faire ses preuves, en partie sur les traces de Bill Brandt qu'il appréciait. Curieusement, les photographies que Larrain a prises à Londres, sur le mode de la flânerie, ont été peu reproduites dans la presse, ce qui aurait pu être possible grâce à Magnum Photos, sa nouvelle agence. Car c'est à la faveur de ce voyage vers l'Angleterre que l'aspirant photographe fit un stop à Paris pour rencontrer son mentor Henri Cartier-Bresson et intégrer Magnum.

  • Qu'il s'agisse de la campagne aux lignes d'horizon basses, de ciels découpés à travers des toits, de vues en contre-plongée montrant la cime d'arbres automnaux, ses images invitent à la contemplation. Les oiseaux planent, dessinent des figures aériennes dans des ciels moutonneux, patientent sagement sur des branches...
    Vols suspendus, moments arrêtés : le temps se fige, se fait immuable. Dégradés de gris, tons au léger virage sépia et profondeur de champ insufflent aux photographies de Michael Kenna une certaine mélancolie. Le monde est silence. Les changements incessants de la matière céleste, l'épaisseur, l'éclat ou la fluidité de la lumière donnent l'impression que la durée d'apparition a été suspendue. Les oiseaux deviennent palpables, leur être au monde se fait enchantement. Tels des tableaux issus de la grande tradition classique, les photographies d'oiseaux de Kenna donnent à voir une nature vide de toute présence humaine et où seuls règnent les oiseaux.

  • Ruines

    Josef Koudelka

    Fruit de plus de vingt années de pérégrinations allant du sud de l'Europe jusqu'au Proche-Orient, du forum de Rome à Olympie en passant par Petra et Aleph, Koudelka a photographié selon un même format panoramique presque 200 sites archéologiques. Ses cadrages étonnants et ses noirs et blancs aux puissants contrastes nous font redécouvrir certains lieux mythiques, comme Delphes ou Pompéi. Parmi ses images, certaines donnent à voir des sites désormais disparus ou mutilés suite aux récents conflits dans le monde arabe, tels Palmyre ou Bosra. Ce corpus exceptionnel révèle l'homogénéité d'un empire, dirigé depuis Rome, durant des siècles, la fascination que nous avons pour les ruines, mais aussi pour une civilisation fondatrice de la nôtre.
    Pour accompagner ces photographies, l'helléniste Alain Schnapp a puisé dans la littérature antique et celle des écrivains voyageurs des citations anciennes et modernes qui jettent un autre regard sur l'Antiquité et ses ruines, et mettent en perspective notre approche du passé.

  • Traverser

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    Écrivain, photographe et réalisateur, l'homme semble sans limites. Il a arpenté tous les chemins de la photographie du réel, des premiers pas balbutiants dans La ferme du Garet , aux planques de célébrités, du reportage pour la presse au documentaire d'auteur.
    Chez Depardon, l'écriture et la photographie offrent deux temporalités très différentes qu'il a souvent cherché à faire cohabiter. Il s'agît pour lui de « faire des images un peu banales, calmes, sans éloquence particulière, mais chargées de sentiment », ce qui le conduira alternativement dans l'errance volontaire et/ou dans la production déterminée d'une archive à partager pour les temps futurs.

  • Connu pour The Solitude of Ravens, où des corbeaux menaçants en nuée ou solitaires noircissent des pages d'un bout à l'autre de ce livre mythique paru en 1986, le photographe japonais Masahisa Fukase, parmi les plus radicaux et les plus originaux de sa génération, possède en réalité une oeuvre protéiforme : recherches formelles, surimpressions, collages, autoportraits, photographies retravaillées au dessin, tirages noir & blanc, polaroids...
    Ses deux commissaires, Simon Baker, directeur du département photographique de la Tate Modern, à Londres, et Tomo Kosuga, directeur des archives Masahisa Fukase, à Tokyo, seront les auteurs de ce livre-somme qui présentera 26 séries de l'oeuvre de Fukase, notamment celles consacrées à son père (Memories of Father), sans oublier celle sur les chats, y compris le sien, Sasuke, et ses fameux autoportraits pris dans une baignoire, avec un appareil étanche (« Bukubuku ») ou en duos (« Berobero ») qui se touchent la langue et qu'ils coloriera par la suite. Fukase aura tout expérimenté au cours de sa vie professionnelle et ce travail longtemps resté dans l'ombre, où la dramaturgie côtoie autant l'ironie que la provocation, méritait un ouvrage complet, d'autant que la plupart de ses parutions se limitaient jusqu'alors à son pays natal.

  • Cet ouvrage propose une plongée dans l'ensemble de l'oeuvre de cette photographe précoce et intense dont les photographies sont des énigmes visuelles poétiques et étranges qui, malgré la brièveté de sa production, n'a cessé d'influencer la création contemporaine. " Elle a 22 ans, elle a pleinement conscience du désordre qui l'anime ; elle cherche sa place, presque gouluûment, en utilisant quasi exclusivement son corps dans ses images, ainsi je suis toujours à portée de main, explique-t-elle, quand l'urgence de la représentation se manifeste.
    La décrépitude des intérieurs, les miroirs qui permettent de voir la face cachée des choses, les coins et recoins constituent le cadre de ces performances où un corps évolue, fantomatique et drôle, pour celle qui affirme ainsi des liens plus qu'intimes avec l'appareil photo. Serait-elle un ange ? La question la taraude. Elle y revient régulièrement : une créature invisible, en apesanteur, sans problèmes ni avec l'espace, ni avec le langage, c'est peut-être une solution.
    Ce jeune prodige encore adolescent, libre, pure incarnation du génie de l'ange un peu démoniaque, met en oeuvre d'éphémères actions photographiques, à la limite du visible parfois. " Extrait de l'introduction d'Agnèss Sire.

  • Ces entretiens constituent un véritable état des lieux de la photographie contemporaine. Clément Chéroux y use d'une approche originale, menant une conversation rythmée qui lui permet de dévoiler les interrogations des photographes, leurs inspirations et les multiples facettes de leur travail. Au fur et à mesure des entretiens, il établit ainsi des liens entre les diverses séries, les photographes et les événements qu'ils ont vécus. Le lecteur entre alors dans l'intimité du processus créatif des artistes, invité à porter un regard renouvelé, toujours accompagné d'une pointe d'humour, sur le travail de ces grands témoins de la photographie.

    Entretiens avec :
    Christian Boltanski.
    Sophie Calle.
    Raymond Depardon.
    Samuel Fosso.
    Graciela Iturbide.
    Alfredo Jaar.
    Josef Koudelka.
    Susan Meiselas.
    Jean-Luc Moulène.
    Patrick Tosani.
    Sophie Ristelhueber.
    Denis Roche.
    Agnès Varda.

  • Le 14 janvier 1958, le corps défiguré et amputé d'un homme est découvert près du lac Sembako au Japon. Deux enquêteurs de Tokyo viennent prêter main forte à la police locale pour résoudre ce qui semble à première vue une affaire banale. Ce ne sera pas le cas.

  • Présenté pour la première fois dans sa version intégrale, La longue route de sable est accompagné du tapuscrit original de Pier Paolo Pasolini, daté de 1959. Philippe Séclier, ayant mis ses pas dans ceux du poète, nous rapporte ici - à travers documents, manuscrits, lettres, et ses propres photographies - les étapes d'un voyage singulier le long des côtes italiennes. Comme si ces deux Italie, seulement séparées par le temps, ne faisaient plus qu'une. La longue route de sable a été Lauréat du Grand Prix du livre Thomas Cook en 2005.

  • A travers 300 photographies et plus de 50 artistes, il présente le choix de Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison européenne de la photographie qui a accompagné ce mouvement en donnant une visibilité plus grande à la photographie à travers le mois de la photo (qu'il a créé en 1980 avec Henry Chapier) et les expositions de la Maison européenne de la photographie.

  • Le Prix HSBC pour la Photographie, créé en avril 1995, entre dans sa 24e année d'accompagnement à la jeune création photographique.
    Après Antoine Bruy (Scrublands) et Petros Efsthatiadis (Liparo), publiés au printemps 2018 et exposés partout en France tout au long de l'année, ce sont deux nouveaux photographes qui seront édités dans la collection du prix HSBC pour la photographie. Cette collection réuni chaque année sous un même format et avec un graphisme identique deux photographes n'ayant jamais publié leur travail sous la forme d'une monographie. Un ensemble coloré se créé alors au fil de la collection, avec une couleur différente attribué à chaque artiste.
    Lauréate 1 : Dominique Teufen : My travel through the world on my copy machine.
    /> "Ses expérimentations matérielles explorent le moment où la réalité devient illusion, et inversement. Ainsi une fine feuille de papier de soie devient une imposante chaîne montagneuse, un sac en plastique froissé évoque une plage idyllique et quelques boules de coton forment un glacier millénaire.»

  • Depuis 24 ans, le Prix HSBC pour la Photographie, sous l'égide de la Fondation de France, a pour mission d'aider et de promouvoir de façon durable la génération émergente de la photographie. Un concours annuel est ouvert de septembre à novembre à tout photographe n'ayant jamais édité de monographie, sans critère d'âge ni de nationalité. Chaque année, un conseiller artistique désigné pour apporter un nouveau regard présélectionne une dizaine de candidats. Il présente alors ses choix au Comité exécutif, qui élit les deux lauréats.

    Lauréat 2019.
    Nuno Andrade : Ginjal.
    "Les fragments sont mis en évidence pour faire comprendre qu'il y a du désir ; qu'il y a derrière ces moments qui filent au son de mélodies désuètes autant de peur d'une fin qui approche que de soif d'une sensualité à savourer encore, sans complexes. Les corps ont une chair flasque, ridée, mais fière et coquette ; les regards et les accoutrements disent le bonheur de jouir de la vie. »

  • Agnès Varda ; Cuba

    Agnès Varda

    Exposition « Varda Cuba » Galerie de photographies : Centre Pompidou, Paris : 11 novembre 2015 - 1er février 2016 .

    Varda Cuba En décembre 1962, deux mois seulement après la crise des missiles, Agnès Varda se rend à Cuba. Elle est alors, comme bon nombre d'intellectuels français, fascinée par cette île et son leader charismatique, et souhaite réaliser un film pour comprendre ce mélange si particulier de socialisme pur, de sensualité et de cha-cha-cha. Afin de conserver sa liberté de mouvement, elle troque la caméra pour l'appareil photo, avec l'idée de filmer ensuite ses photographies réanimées au banc-titre. Bien que n'ayant pas été conçues comme de la photographie d'art, les clichés de Salut les cubains (1964), présentés pour la première fois dans cet ouvrage, sont d'une qualité exceptionnelle. C'est de la street photography sans contrainte. On y retrouve le style à la fois vif mais toujours bienveillant d'Agnès Varda. L'artiste crée avec cette série une tension entre images fixes et images animées qui réside au coeur de son oeuvre. L'ouvrage présente également les archives - canets de notes, croquis, pages de montage - d'Agnès Varda et quatre textes s'attachant à replacer le travail de l'artiste dans son époque (François Hourmant), à décoder les liens entre photographie et cinéma (Valérie Vignaux et Karolina Lewandowska), et à porter un regard sur l'ensemble de son oeuvre (Clément Chéroux).

    Agnès Varda Réalisatrice et photographe, Agnès Varda a grandi à Bruxelles puis à Sète avant de s'installer à Paris pour suivre des études de photographie à l'École des beaux-arts et d'histoire de l'art à l'École du Louvre. Photographe des débuts de Jean Vilar en Avignon, puis de la troupe du TNP et du Théâtre de Chaillot, elle se fait connaître grâce à ses photographies de Gérard Philipe et de Maria Casarès. En 1954, avec des moyens de fortune, elle tourne son premier long métrage de fiction, La Pointe courte, pour lequel elle choisit Alain Resnais comme monteur et deux acteurs du TNP, Silvia Monfort et Philippe Noiret, alors débutants au cinéma. Ce coup d'essai audacieux, mêlant chronique réaliste et étude psychologique, s'inscrit dans la mouvance naissante de la Nouvelle vague. Le succès public suivra en 1961 avec Cléo de 5 à 7 tandis que Le Bonheur décrochera le prix Louis-Delluc en 1965. La réalisatrice s'installe ensuite à Los Angeles où elle fréquente, entre autres, Andy Warhol et Jim Morrison. Elle y tournera notamment Lions love, une fiction hippie. Documentariste, Agnès Varda est aussi le témoin de son époque, évoquant les luttes féministes dans L ' une chante, l'autre pas (1977) ou la condition des sans-abris dans Sans toit ni loi (1985, Lion d'Or à Venise), ou Les glaneurs et la glaneuse (2000) qui a pour cadre la société de consommation. Elle reçoit en 2001 un César d'honneur et la Palme d'or d'honneur à Cannes en 2015 pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Artistes pluridisciplinaires travaillant en duo depuis toujours, Pierre et Gilles allient la photographie à la peinture dans un processus bien particulier. Leur sujet, toujours une personne, est d'abord photographié dans une mise en scène assemblée d'objets et de vêtements symboliques sur plusieurs plans.

    Dans un second temps, l'image est retouchée et chaque détail, de la lumière au cadre, fait l'objet d'une intervention peinte. Le résultat de leur travail est donc une oeuvre au statut ambivalent et unique. La Fabrique des idoles questionne la place du portrait dans la représentation des célébrités, et notamment la construction du mythe de l'icône populaire. Reconnus pour leurs images de célébrités (Stromae, Sylvie Vartan, Arielle Dombasle, Kylie Minogue, etc.) et leur présence dans le milieu de la nuit des années 1980, Pierre et Gilles font ici le lien entre icones musicales et photographie.
    Dans le livre, on découvre le processus de création de l'idole, et comment la musique et le milieu de la nuit ont influencé la vision du public face aux célébrités. Des photos inédites de l'atelier des artistes enrichissent le livre et complètent les 80 oeuvres reproduites pour comprendre l'inspiration et l'univers de Pierre et Gilles.

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