• Le théâtre mue, sa critique évolue. En se professionnalisant tout au long du XXe siècle, la critique dramatique s'est détachée de la chronique mondaine pour devenir savante ou engagée. Elle a joué un rôle éminent dans l'affirmation de la mise en scène comme un art autonome vis-à-vis de l'écriture, dans la reconnaissance de la représentation comme un événement unique impliquant les spectateurs. Elle a passionnément discuté les idéaux du théâtre populaire, accompagné le développement des scènes publiques, assisté à l'essor des festivals, découvert des artistes, des textes ou des techniques d'ailleurs. Elle a regardé le théâtre s'ouvrir aux disciplines voisines, qu'il s'agisse de danse, de marionnettes, de cirque ou de performance. Elle a suivi les compagnies dans leur migration vers des fabriques à la périphérie des cités, en a vu d'autres investir les rues de la ville.
    Elle traite désormais des genres les plus variés sur des supports multiples, étendant son activité de la radio à l'université, des revues spécialisées à la planète internet.
    Pourtant la critique semble avoir perdu son tranchant depuis la fin des années 1970. Les polémiques suscitées par des mouvements novateurs ou des oeuvres audacieuses paraissent assourdies par rapport aux débats enfiévrés qui marquèrent les époques antérieures. Ses critères et ses outils ont changé au gré des théories mais aussi des modes. Son espace rétrécit dans la presse écrite, où elle ne peut rendre compte que d'une infime fraction des spectacles à l'affiche.
    Quel que soit son cadre d'exercice, la critique doit analyser sa propre pratique pour éclairer des processus de création qui remettent en cause la séparation entre la scène et la salle, la distinction entre le réel et la fiction, la classification des arts et la hiérarchie des genres, sinon la notion d'oeuvre elle-même. C'est à cette condition qu'elle peut s'avérer créatrice, comme les objets singuliers qu'elle s'efforce d'appréhender.

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