• «Race prolifique», les imbéciles, du fait même de leur nombre, assurent la survie de l'espèce. Ils sont aussi source de divertissement et autorisent la plus grande paresse. Leur domination, vu la masse qu'ils représentent, permet l'oisiveté. Car si tous les hommes étaient intelligents, que d'efforts il faudrait déployer.
    Qui plus est, sans imbécile, pas de génie. En effet, l'imbécile accepte volontiers des tâches, voire des responsabilités, dont l'homme intelligent ne voudrait pour rien au monde. Raison pour laquelle les puissants en sont souvent doté, d'imbécillité. L'imbécile a ceci de dangereux qu'il se mêle de tout et volontiers d'art et de littérature, quand ce n'est pas de politique. C'est que les imbéciles sont partout et prolifèrent. Mais ce peut aussi être un avantage.

  • Pourquoi se fatiguer à relater une vie sans éclat ? N'est-ce pas se rabaisser au pathétique des héros et adresser des louanges imméritées à l'existence ? Voilà pourquoi Papini le provocateur se propose d'écrire, en 1912, une Vie de Personne, dédiée à Personne et qui se fout bien des règles du monde. Esthète bavard, agitateur volubile, il nous raconte un morceau de notre vie qui nous échappe ; ce moment qui dépasse la mémoire et commence par l'acte d'amour : « Moi je me rappelle avoir été germe barbotant dans le sperme des testicules paternels et je me rappelle avoir eu depuis lors une volonté extrême de vie et de liberté. » Et effectivement, ce gamète enragé s'installe dans le ventre de sa mère pour prospérer sans égard pour elle. Ce voyage intra-utérin offrira à l'embryon l'opportunité de clamer sa haine envers ses géniteurs, son insatiable et absurde désir de vivre ; avant d'éclore enfin, de s'affranchir par la naissance - ce premier sanglot qui ne s'arrête jamais.

  • Gog

    Giovanni Papini

    Solitaire invétéré, ne croyant plus à rien, défiant l'espace et le temps, Gog est contre la modernité... mais aussi contre le ciel, la terre, l'Histoire, la célébrité, les villes, la littérature et la bonne santé !
    Pour se divertir de son ennui, ce milliardaire excentrique, maniaque et misanthrope rencontre, lors d'un étonnant tour du monde, les artistes, les inventeurs et les philosophes les plus originaux de son temps. Entre autres célébrités, il croise Ford, Freud, Lénine... et se met à les psychanaliser.
    Papini, délivre, avec humour et exagération, une vision du monde dénuée de tout romantisme, mais ponctuée de quelques visions que n'auraient pas reniées Borges ou Chesterton.

  • " Est-il décent d'écrire son autobiographie à l'âge de trente ans? C'est précisément à cet âge, en 1911, que Giovanni Papini commence à rédiger Un homme fini.
    Achevé en 1912, ce livre singulier paraît à Florence au début de l'année suivante. Faut-il considérer Un homme fini comme une autobiographie culturelle? Et si tel était le cas, ce projet peut-il justifier à lui seul le livre? Sans doute Un homme fini relève-t-il en partie de ce genre, mais ses enjeux et les ambitions de Papini vont bien au-delà. On ne saurait, autrement, expliquer le succès de ce livre qui a été tenu, à juste titre, pour le miroir d'une génération.
    Un homme fini est le roman d'une quête identitaire qui s'appuie sur la constatation d'un échec. Celui-ci est, paradoxalement, le point de départ du récit et non pas sa conclusion. L'échec d'un homme qui se sentait appelé à une vocation prophétique et qui constate, en lui-même et autour de lui, la faillite de son rêve messianique, plus que prométhéen, de diviniser l'homme, de le transformer, par la pensée, par l'art en homme-dieu.
    En filigrane on lit l'idéologie du surhomme de Nietzsche, qui n'épuise pourtant pas le projet de Papini. C'est la faillite d'une pensée abstraite, désincarnée. Un homme fini est une autobiographie existentielle, le récit d'une aventure de l'esprit où seuls comptent les constructions, les errements, les enthousiasmes et les mirages de la pensée. " (Extrait de la préface de François Livi)

  • Quand il paraît en 1921 en Italie, cet ouvrage connaît d'emblée un succès foudroyant ; les éditions et les traductions se succèdent. L'auteur, figure de proue des avant-gardes, est un intellectuel iconoclaste, redoutable polémiste, et athée. Son livre est moins un texte de plus sur Jésus que l'histoire de sa rencontre avec les Évangiles et de sa conversion. Papini veut jeter les bases d'une nouvelle façon de vivre le christianisme, et c'est pourquoi son texte demeure d'une inaltérable actualité. Le Christ qui se dégage de ce récit est un combattant de la vérité et de l'amour, et c'est ce Christ que Papini engage le lecteur à rendre présent dans sa vie.

  • « Je soupçonne Papini d'avoir été injustement oublié » disait de lui Jorge Luis Borges. « J'avais onze ou douze ans quand, dans un quartier périphérique de Buenos Aires, j'ai lu Papini, Le Tragique quotidien et Le Pilote aveugle, dans une mauvaise traduction espagnole.
    Aujourd'hui, en le relisant, je découvre des fables que je croyais avoir inventées et que j'ai réélaborées à d'autres points de l'espace et du temps. Plus important encore, j'ai découvert une ambiance identique à celle de mes fictions. Comme Poe, qui fut sans doute l'un de ses maîtres, Giovanni Papini ne veut pas que ses récits fantastiques apparaissent réels. Dès le début, le lecteur ressent l'ambiance irréelle de chacune de ces histoires. J'ai cité Poe.
    Nous pourrions ajouter que cette tradition est celle des romantiques allemands et des Mille et une nuits. »

  • GOG est le défilé des artistes, des inventeurs et des ingénieurs les plus originaux de leur temps, qu'un milliardaire excentrique et cosmopolite fou - collectionne - pour tromper son ennui. La "musique du silence", la "sculpture invisible", la "chirurgie morale", la vente aux enchères de la république, une collection de coeurs d'animaux vivants. Tout, dans cette civilisation régie par le nombre et par le progrès, finissant par se vendre, cet homme qui peut tout acheter se meurt d'ennui et d'horreur. Amateur de contre-pieds, de paradoxes, de simulacres, Papini délivre, avec humour et exagération, une vision du monde dénuée de tout romantisme, mais ponctuée de quelques éclairs oniriques que n'auraient pas reniés Borges ou Chesterton.

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