Littérature traduite

  • Lignes de faille

    Nancy Huston

    Entre un jeune Californien du XXIe siècle, et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n'est le sang : de l'arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération a connu son lot de massacres, comme une constante atroce dans les convulsions de l'Histoire.

  • "Ceci est une histoire vraie, je vous le jure. Oh, j'ai changé les noms, bien sûr ; j'ai changé les lieux, l'époque, les métiers, les dialogues, l'ordre des événements et leur signification ; et pourtant, tout ce que je vais vous raconter est vrai. C'est une audition comme toujours, une fantasmagorie comme toujours : les témoins vont converger ici et s'efforcer un à un de vous convaincre, de vous éblouir, de vous mener en bateau ; je leur prêterai ma voix mais c'est sur vous qu'ils comptent pour les comprendre, de vous qu'ils dépendent pour exister, alors faites attention, c'est important ; vous êtes seul juge... comme toujours."

  • Prodige

    Nancy Huston

    Regardez-la maintenant ma belle épouse, jeune femme d'ordinaire civilisée, habillée, coiffée, chaussée, protégée par une culture, une éducation, une histoire, l'europe, l'occident, ainsi de suite, le piano.
    La voilà nue et horizontale sous une blouse blanche flottante, et ce qui se passe à l'intérieur de son corps est projeté sur des écrans en dessins erratiques et en images clignotantes ; tous ses rythmes les plus intimes, sang, coeur, entrailles, se muent en signaux électroniques qui disent : danger. parce que, parce que, un autre être cherche à devenir. n. h.

  • Artiste et reporter-photographe pour le journal français De la marge, Rena Greenblatt a offert une semaine de vacances en Toscane à son père Simon - pour ses soixante-dix ans - accompagné de sa deuxième femme, Ingrid. Mais dès le matin de leurs retrouvailles à Florence, le séjour prend l'allure d'une corvée. Jadis brillant intellectuel, esprit libre, passionné de neuropsychologie et adepte de Timothy Leary, Simon n'est plus qu'un homme fatigué au verbe hésitant et sa femme semble peu réceptive aux splendeurs florentines. Le couple parental traîne la patte, déjà Rena se demande ce qu'elle fait là, toute au regret de Paris et du beau corps de son amant Aziz : voilà le genre de chose qu'elle ne peut confier qu'à son "amie spéciale", Subra, confidente qu'elle s'est inventée il y a bien longtemps en contemplant une photo prise par Diane Arbus, son idole. Arbus/Subra : l'une a influencé sa vocation, l'autre partage ses pensées secrètes, a vécu ses trois mariages, encouragé ses amours, sait tout d'elle - même les petits mensonges que parfois Rena se fait à elle-même.
    A menus pas touristiques, agrémentés par de nombreuses pauses alimentaires ou "hygiéniques", s'engage cette semaine idéalement dédiée aux merveilles répertoriées par les guides. Mi-irritable mi-conciliante, entre remémoration et application à jouer le jeu du tourisme, Rena est ici et ailleurs, dans le présent et dans le passé, elle "prend sur elle" et tente de s'accorder à l'inévitable célébration de la Renaissance - feignant d'ignorer qu'en elle (et entre elle et son père) le terrain est copieusement miné.

    Paris est à distance, mais Paris s'agite : nous sommes en octobre 2005. Et Rena, pendant ce temps, fait du tourisme ? Son journal la réclame, on a besoin d'elle, des "shoot " de son Canon, de ses photos âpres, vraies, nocturnes, tellement vivantes - sans compter qu'elle est une spécialiste des prises de vue en infrarouge. Rena pourrait se saisir de ce prétexte pour rentrer mais . hors de question. On ne lui dicte pas sa conduite ; quarante-cinq ans, mère de deux grands gaillards, belle, libre, xénophile, connaissant les hommes et aimant les toucher, les caresser, les prendre, leur ouvrir son corps et son coeur, les photographier dans l'abandon de la jouissance, elle n'est pas du genre à céder mais à donner. Ce devrait être, ce pourrait encore être une semaine réussie, insouciante, filiale, paisible, il n'est pas trop tard pour sauver ce voyage. Mais désormais l'insurrection est en elle. Ardente, entière, courageuse, provocante, révoltée, exaltée et (à en croire Subra) un peu mythomane, Rena est bien du genre à jouer sa vie à qui perd gagne.

  • Poser nue

    Nancy Huston

    Ce KB10 met en scène un écrit de Nancy Huston sur le thème des femmes posant dénudées à la demande d'artistes peintres.
    Nancy Huston, née en 1953 au Canada, est une écrivaine franco-canadienne, d'expression anglaise et française, vivant à Paris depuis les années 1970. Sa carrière de romancière débute en 1981 avec Les Variations Goldberg. Douze ans plus tard, avec Cantique des plaines, elle revient pour la première fois à sa langue maternelle et à son pays d'origine. Comme le roman est refusé par les éditeurs anglophones, elle se résigne à le traduire en français et s'aperçoit que la traduction améliore l'original. Depuis, elle utilise cette technique de double écriture pour tous ses romans, se servant exclusivement du français pour ses essais et articles. Nancy Huston est également musicienne, jouant du piano, de la flûte et du clavecin. La musique est une source d'inspiration pour plusieurs de ses romans, et elle fait souvent des lectures en musique avec des amis chanteurs ou instrumentistes. Depuis 1981, elle est la compagne de l'écrivain, linguiste et sémiologue français d'origine bulgare, Tzvetan Todorov.

  • Fort McMurray, dans le nord de l'Alberta (Canada), est le Klondike d'une ruée vers l'or du XXIe siècle, ville-champignon au milieu d'un enfer écologique, où des travailleurs affluent de partout attirés par les promesses de boom économique. L'or qu'ils convoitent : les gisements de sables bitumineux, le pétrole le plus sale qui existe et qui est exploité au péril de la planète entière par les compagnies pétrolières comme Total. Nancy Huston est allée voir de ses propres yeux ce qui se passait dans son Alberta natale et a découvert, abasourdie, une dévastation qu'elle raconte ici en un cri de colère et d'indignation.

    BRUT réunit également les voix de personnes qui ont vu la catastrophe de près : Naomi Klein, David Dufresne et Melina Laboucan-Massimo, une militante amérindienne qui se bat en première ligne.

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