• Réflexions sur les liens entre théâtre et engagement politique. L'auteur montre la complexité pour le théâtre de s'émanciper de la domination lorsque c'est cette dernière qui lui enjoint de s'engager, en prenant part à la réconciliation sociale, en portant les valeurs occidentales, en attestant de la liberté d'expression et en montrant que la République connaît encore quelques lieux de critique.

  • Le théâtre de Jean Genet (1910-1986) se compose d'une poignée de pièces : Les Bonnes, Haute surveillance, Elle, Splendid's, Le Balcon, Les Nègres, Les Paravents... Cette oeuvre majeure a suscité le scandale tout autant qu'elle a intéressé parmi les plus grands metteurs en scène du XXe siècle. Elle exacerbe le "fictif", le semblant, l'illusion. Elle est politique mais d'une drôle de politique, acharnée à arpenter le territoire du négatif.
    Elle est, en effet, écrite "contre" : contre les Blancs, la société, contre Genet lui-même. Mais elle se révèle être aussi un fabuleux chant d'amour adressé au théâtre. "Que perdrait-on si l'on perdait le théâtre ?", demandait-il en 1967. Une telle question ne se pose pas moins aujourd'hui. Le Théâtre de Jean Genet essaie, tant que faire se peut, d'y répondre et, pour cela, de suivre les pistes qu'indiquent ses pièces et ses nombreuses réflexions sur le théâtre.

  • Face au monde, ses crises et son devenir, un théâtre s'invente. Il réagit, dénonce, explique, illustre, propose : ce théâtre est politique. À ce titre, il s'inscrit dans une longue histoire, bien souvent déconsidérée : celle d'un théâtre qui prend acte des batailles de son temps. Mais ce théâtre d'aujourd'hui n'est pas homogène, il défend des orientations politiques dissemblables, et fait en particulier de la place accordée au spectateur le lieu d'enjeux différents.
    En effet, la politique au théâtre se découvre aussi et de façon décisive dans le rapport que le spectacle entend entretenir avec son spectateur. C'est à travers ce prisme qu'Olivier Neveux propose d'analyser le champ théâtral politique à l'heure du néolibéralisme, offrant là une cartographie originale pour se repérer dans la masse importante des spectacles qui le composent. Comment le théâtre "transgressif" conçoit-il ses spectateurs ? Quelles facultés le théâtre "postdramatique" entend-il solliciter ? Que proposent de produire sur leurs publics les théâtres documentaire ou didactique ? Que nous apprennent ces volontés de brusquer, sensibiliser, éclairer, mobiliser le spectateur ? Dans leur diversité, quelles conceptions de l'émancipation tous ces théâtres soutiennent-ils ? Car c'est bel et bien une interrogation sur la possibilité de l'émancipation et la part que peut y prendre le théâtre qui anime cet ouvrage : celle du spectateur, de l'artiste et de l'oeuvre émancipés.
    Réfléchir aux politiques du spectateur signifie alors s'intéresser tout autant aux politiques que le théâtre défend, à celles qu'il applique et aux définitions implicites qu'il propose, par là, de la politique.

  • Depuis les années 1960, de nombreuses expériences théâtrales ont revendiqué en France un clair dessein politique. Inscrit au coeur des luttes (anti-impérialistes, ouvrières, féministes, immigrées, homosexuelles, altermondialistes, etc.), ce théâtre militant s'est donné pour but de contribuer, à sa manière, aux combats d'émancipation de son temps. Injustement déprécié ou ignoré, il constitue pourtant tout un pan de l'histoire théâtrale. Et c'est cette histoire inédite et passionnante que l'on découvrira dans cet ouvrage extrêmement documenté. Comment représenter la colère, l'injustice et l'espérance ? Quelles formes pour dire la lutte ou expliquer les mécanismes du capitalisme ? Et à qui de telles représentations doivent-elles être destinées ? Contrairement aux idées reçues, le théâtre militant n'a jamais cessé d'inventer des solutions dramaturgiques et scéniques pour mettre en scène le présent : un présent à transformer. Héritier d'Erwin Piscator, de Bertolt Brecht et des troupes d'agit-prop soviétiques, ce théâtre n'est pas homogène : il est traversé d'options politiques et esthétiques diverses, voire contradictoires, d'Armand Gatti à Augusto Boal, en passant par Alain Badiou, André Benedetto et de nombreux collectifs (la Troupe Z, Al Assifa, le Levant, le Groupov.). Revenir sur ces propositions, sur leurs richesses et leurs impasses, c'est tout autant s'opposer à l'oubli que tenter d'ouvrir des pistes pour le théâtre militant d'aujourd'hui.

  • Face à des productions scandaleuses, les critiques les qualifient aisément d'impertinentes, de blasphématoires voire subversives. Ces propositions dont les auteurs revendiquent le caractère radical font l'objet de polémiques. Certaines d'entre elles se confrontent à des procédures d'interdiction. Comment appréhender et comprendre ces foucades artistiques ? Comment distinguer les oeuvres qui répondent simplement aux exigences du spectacle et celles qui relèvent franchement d'un parti pris rebelle ?

  • "Engagement, engagements", "Refus et contestation" "Représentation et transformation du monde", "Art, culture et industries culturelles" et "Marxisme et esthétique", cinq axes de réflexion qui analysent la complexité, non dépourvue de contradictions, entre art et politique. L'oeuvre d'art, comme la rébellion, selon André Breton, reste toujours susceptible d'être cette étincelle qui cherche les poudrières.

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